Les 30 albums incontournables de 1967 à 1977 ( page 5/5 )

Welcome To My Nightmare (1975)

Alice Cooper

pochette de l'album Welcome To My Nightmare

Après l'album Muscle Of Love et beaucoup de succès, Alice Cooper décidait de mettre définitivement fin à son association avec les musiciens qui l'accompagnait depuis les débuts.  Les musiciens de Cooper avaient pourtant grandement contribué à son succès puisqu'ils avaient écrit avec lui tout le matériel qui l'avait rendu célèbre.  Des pièces comme School's Out , No More Mr. Nice Guy  et Elected  avaient fait d'Alice Cooper une des figures dominantes du rock du début des années 70.  C'est dire à quel point le geste de Cooper était risqué pour sa carrière.  Pourtant, il s'avéra assez judicieux...

Pour son premier album solo, Alice s'est entouré des musiciens de Lou Reed qui avaient participé à l'album Rock And Roll Animal : Dick Wagner et Steve Hunter à la guitare, Prakash John à la basse, Jozef Chirowski aux claviers et Johnny Badanjek à la batterie.  Le résultat a été le surprenant Welcome To My Nightmare . Pour la première fois, Cooper jouait à fond le rôle d'un suppôt de Satan en adoptant un concept digne des plus grands films d'horreur de série B.  Cette image lui allait à la perfection et elle a défini sa personnalité pendant des années.  Ce faisant Alice a choqué et scandalisé profondément les bien pensants.  Les jeunes, eux, ont adoré cette mascarade que personne ne pouvait prendre au sérieux (comment peut-on prendre au sérieux une pièce avec un titre comme Devil's Food?) sauf quelques parents et prédicateurs rétrogrades qui ont contribué à faire une publicité gratuite à Alice dont il a nourri littéralement sa carrière.  Question d'aller à fond dans son concept Alice est allé jusqu'à chercher l'acteur de films d'horreur mondialement connu, Vincent Price, afin de réciter un petit texte des plus morbides au milieu de la pièce The Black Widow .

Musicalement, il s'agit de l'album le plus réussi d'Alice.  Chacune des onze pièces de l'album est un classique.  De Welcome To My Nightmare à Escape , en passant par The Black Widow , Steven et Only Women Bleed, le disque défile sans jamais laisser le temps à l'auditeur de s'ennuyer.

Le moment le plus fort du disque demeure à mon humble avis les pièces Years Ago et Steven qui sont les plus marquées par la démarche macabre d'Alice.  On a quasiment affaire ici à du rock progressif.  Le climat est très théâtral et oppressant. 

Malheureusement pour Alice (et un peu comme pour Aerosmith), il s'agit de son dernier grand album de la décennie.  Par la suite ses problèmes avec l'alcool sont relativement venus contribuer à ralentir sa carrière qui avait pourtant pris un essor monstrueux avec le succès de School's Out .  Alice s'est perdu musicalement à la fin des années 70 en enregistrant des ballades insipides comme You And Me   et des trucs nunuches comme We're All Clones .  Pire encore, Cooper a délaissé le hard rock pour toucher à des genres musicaux éphémères comme la new wave .  Des mauvaises décisions qui ont nuit considérablement à sa carrière, au profit de groupes comme Kiss et Van Halen qui, pendant ce temps-là, ont continué à donner aux jeunes une dose de hard rock dont ils raffolaient tant et que Cooper ne leur donnait plus.  Heureusement pour lui, Cooper est revenu au bon vieux rock pur et dur dans les années 80 et s'est rétabli avec une partie de son public d'antan.

Rocks (1976)

Aerosmith

pochette de l'album Rocks

Cet album extraordinaire est tout à fait à l'image de sa pochette : incroyablement noir et d'une dureté à toute épreuve. Après les trois albums précédents que Aerosmith nous avaient offerts, il ne fallait définitivement pas s'attendre à ce qu'ils se mettent soudainement à donner dans la dentelle.  Toutefois, la puissance de Rocks  secouait l'auditeur par sa brutalité.

Déjà immensément populaires à cause de leur album précédent, Toys In The Attic qui comprenait les succès Walk This Way  et Sweet Emotion, le groupe de Boston récidivait avec leur meilleur galette à vie.  Le disque tombait pile parce que jamais auparavant les goûts du public américain pour la musique agressive n'avaient été aussi exacerbés.  Les jeunes, désillusionnés par l'échec de la contre-culture et par la disparition des valeurs des années 60, par l'incompréhension de la société envers eux et par la politique en général (lire ici le Watergate) avaient besoin de défoulement comme jamais.  Le film Dazed And Confused  (1993) de Richard Linklater rappelle d'ailleurs fort bien cette période hédoniste.

Des titres comme Rats In The Cellar , Combination , Last Child , Sick As A Dog , Lick And A Promise et Back In The Saddle parlent par eux-mêmes.  Les chansons de Rocks   apportaient à la jeunesse américaine cette dose de hard rock excessif qui faisait un peu défaut en 76.  Parce que, curieusement, les groupes de hard rock n'étaient pas légion en Amérique au milieu des années 70.  Seuls Aerosmith, Kiss, ZZ Top, Montrose et Ted Nugent représentaient ce courant musical.  Et Aerosmith était le plus heavy  de tous.  Pas surprenant que pour les années 76 et 77 Aerosmith furent le groupe américain le plus populaire aux côtés de Kiss.  Avec ce disque, les membres d'Aerosmith étaient considérés par la jeunesse comme de véritables héros.

Malheureusement, Rocks  sera le dernier grand album de la décennie pour le groupe.  Non pas que Draw The Line   ou Night In The Ruts  soient des navets.  Absolument pas.  Simplement qu'Aerosmith ne sont jamais arrivés à faire un album aussi fort par la suite.  Les problèmes de drogues du groupe ont eu à peu près raison de la formation qui n'a vraiment réussi à se rétablir complètement qu'au milieu des années 80.

Frampton comes Alive (1976)

Peter Frampton

pochette de l'album Frampton comes Alive

Si Rumours a été l'album de 1977, le double album Frampton Comes Alive a été celui de 1976.  La popularité de Frampton cette année-là était incroyable; des millions d'albums écoulés partout dans le monde, ce qui en a fait à l'époque le disque le plus vendu de tous les temps; des concerts à guichets fermés dans des stades immenses; des fans enthousiastes qui appelaient chaque soir les stations de radio afin d'entendre Do You Feel Like We Do , une pièce qui fait presque 15 minutes!  Pas si mal pour un type à peu près inconnu l'année précédente.

Frampton s'était fait une toute petite réputation à l'époque où il était guitariste pour la formation Humble Pie.  Toutefois, initialement sa carrière solo n'avait pas suscité beaucoup d'intérêt.  Ses quatre premiers albums ne s'étaient pas du tout vendus. Tout ceci amena beaucoup de gens à se demander en 76 : «Qui sont donc tous ces gens que l'on peut entendre applaudir sur le disque en spectacle de Frampton, si c'est un parfait inconnu?»  Il faut croire que s'il était inconnu du grand public il avait tout de même une poignée de fans prêts à payer pour aller le voir en spectacle.  Un peu comme Kiss avant 75, Frampton avait un petit public de fidèles qui le suivait depuis des années.  Un public assez important pour remplir des petits arénas dans certaines grandes villes.  Heureusement qu'il avait des fans d'ailleurs, puisque Frampton a été en mesure de nous offrir tout un album.  On pourrait même dire dire qu'il s'agit d'un « Greatest Hits en spectacle ».  On y retrouve toutes les meilleures chansons de tous les albums solo de Frampton : Something's Happening , Wind Of Change , It's A Plain Shame , (I'll Give You) Money , Shine On , Lines On My Face , ainsi qu'une reprise intéressante de Jumping Jack Flash des Rolling Stones.

Trois 45 tours à succès ont été tirés de l'album double : Show Me The Way , Baby I Love Your Way , ainsi qu'une version écourtée de Do You Feel Like We Do . Cependant, ce succès a eu des répercussions importantes sur l'industrie de la musique.  Le fait que Frampton Comes Alive   ait été le premier disque à être certifié multi-platine a fait réaliser à l'industrie qu'il y avait une clientèle beaucoup plus importante qu'on ne l'avait estimé auparavant.  Les dirigeants des compagnies de disques ont tout de suite vu le potentiel commercial qui s'offrait à eux quand ils ont compris à quel point la vente de disques pouvait rapporter.  Ce potentiel commercial a alors attiré des compagnies de l'extérieur qui ne s'intéressaient pas à la musique, seulement aux profits.  Ces compagnies ont pris des actions dans les sociétés de disques qui ont commencé à serrer la vis afin qu'il y ait de plus en plus de bénéfices.  C'est à ce moment-là que les comptables ont pris la tête des compagnies de disques.  Ces dernières se sont alors totalement désintéressées des artistes marginaux au profit d'artistes commerciaux.  C'est ce qui explique un peu le fait que les majors   ne prennent plus de risques aujourd'hui et que tant d'artistes fades dominent la scène musicale depuis quelques années.

L'aspect artistique qui dominait au début des années 70 avait foutu le camp puisque tout n'était plus que question de ventes et de profits. Le pire dans tout ça, c'est que Frampton fut probablement une des premières victimes de cette nouvelle façon de faire.  Quand il s'est mis à vendre moins de disques, les compagnies de disques l'ont laissé choir comme un vieux kleenex de la veille.  Frampton avait été trop associé à une image de teen idol et ça lui a considérablement nuit par la suite.  De plus, il prit des mauvaises décisions artistiques qui ont fini par avoir raison de sa carrière (comme celle notamment de tenir la vedette aux côtés des Bee Gees dans le film musical Sgt. Pepper's , un navet risible qui a achevé ce qui restait de sa crédibilité). Néanmoins, Frampton Comes Alive est un grand album qu'il vaut vraiment la peine de connaître, ne serait-ce que pour l'importance historique qu'il a.

Boston (1976)

Boston

pochette de l'album Boston

La sortie du premier album de Boston marquait aussi les débuts de ce qu'on allait plus tard appeler le « corporate rock ».  Ce genre musical, prisé par certains et maudit par d'autres, par lequel les programmateurs de stations ont instauré les normes radiophoniques des deux décennies suivantes.  À l'époque, les gens appelaient ce genre musical aseptisé « FM rock ».  Ce genre de rock était moins rugueux et visait directement à plaire aux adultes (lire ici les « baby boomers »)

La première vague de groupes de « FM rock » était plutôt intéressante.  On n'a qu'à penser entre autres à Steely Dan, Styx, Journey et Kansas.  On retrouvait de très bons albums dans le genre : les deux premiers Foreigner, The Grand Illusion  et Pieces Of Eight de Styx, Pretzel Logic  et The Royal Scam  de Steely Dan... La liste est longue.  Toutefois, ce genre musical qui s'est volontairement imposé des limites n'a pas tardé à aliéner rapidement les mélomanes.

Le premier album de Boston est le meilleur (et de loin) album de « corporate rock »  de tous les temps.  On a affaire ici à du vrai rock de laboratoire.  La production est léchée au possible, les compositions sont impeccables, l'instrumentation et les harmonies vocales sont parfaites, rien ne dépasse.  On sent qu'ils ont passé des mois en studio pour préparer leur disque.  Le son des guitares en particulier est renversant.  Il faut dire que Tom Scholz est un ingénieur diplômé du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui construisait lui-même tous les gadgets électroniques du groupe afin de constamment améliorer leur sonorité.

Le disque est rempli de classiques : More Than A Feeling , Peace Of Mind , Long Time , Smokin' , Hitch A Ride , Rock & Roll Band ...  Dans le fond, on pourrait toutes les citer.

Avec tous ces atouts en place les résultats ne se firent pas attendre.  Boston fut l'album des débuts le plus vendu de l'histoire avec dix millions d'exemplaires écoulés.  Toutefois, Boston n'était pas un vrai groupe en réalité.  Ils firent bien quelques spectacles à la fin des années 70, mais tout se passait surtout dans le studio de Scholz.  En fait, Scholz, c'était lui Boston.  Les autres n'étaient que de simples figurants (quoique Brad Delp ait tenu un rôle plus important que les autres dans l'élaboration de la musique).  Dans des entrevues, Scholz ne se gênait pas d'ailleurs pour se vanter d'être le cerveau du groupe, donnant l'impression que les autres n'étaient là que pour faire sa lessive.

Malgré tout cela, Boston  est un des plus grands disques de rock à avoir jamais été enregistré.  Un disque que tout amateur du genre devrait avoir dans sa collection.

Rumours (1977)

Fleetwood Mac

pochette de l'album Rumours

L'album de 1977.  Il s'en vendit des millions d'exemplaires cette année-là, dont un million de copies écoulées au Canada seulement (du jamais vu à l'époque).  Évidemment il faut apprécier le rock aux sonorités un peu plus pop pour aimer ce disque très léger, mais extrêmement bien fait.

À l'origine, Fleetwood Mac était un groupe britannique de blues dirigé par le guitariste Peter Green.  En fait, Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse) et Peter Green ont décidé de fonder ce groupe en 1967 après qu'ils avoir quitté tous les trois les Bluesbreakers, le prestigieux groupe de John Mayall.  La musique que faisait Fleetwood Mac à cette période n'avait absolument rien à voir avec celle de Rumours .  Il s'agissait de blues tout ce qu'il y a de plus traditionnel.  C'est après le départ de Green en 1970 que la musique du groupe a pris une orientation plus pop.  C'est aussi à ce moment-là que Christine Perfect (ex-Chicken Shack) s'est joint au groupe.  Dans les mois qui ont suivis, elle a épousé McVie et pris son nom.  Le groupe a galéré pendant plusieurs années, produisant régulièrement des albums moyens qui n'ont rien fait pour relancer leur carrière.  Tout a changé le jour où les américains Lindsay Buckingham (guitare) et sa compagne Stevie Nicks (chant) se sont joints au groupe.  Avec les deux nouveaux venus ils ont enregistré un album éponyme qui a connu beaucoup de succès, notamment grâce à la chanson Rhiannon   de Nicks.  À partir de là, tout s'est mis à rouler, l'argent rentrant à flots dans les coffres du groupe.

Toutefois, au moment de d'entreprendre l'enregistrement du disque suivant, les choses étaient loin d'être roses à l'intérieur du quintet.  Les deux couples du groupe (McVie-Perfect et Buckingham-Nicks) se préparaient à rompre.  Difficile de travailler et d'enregistrer un album quand le divorce est dans l'air.

D'une façon surprenante, ces événements qui auraient dû avoir des effets néfastes sur le groupe eurent tout l'effet contraire.  Ils stimulèrent l'inspiration des musiciens qui pondirent un album exceptionnellement sophistiqué et intéressant.  De plus, nous retrouvions pas moins de quatre 45 tours à succès sur cet album.  Des titres comme Dreams , Don't Stop , Go Your Own Way , The Chain et You Make Loving Fun sont tout à fait remarquables.

Cet album incroyablement bien fait a certainement marqué les musiciens de la fin des années 70, puisque la tendance générale après ce succès fut de se diriger vers un son plus léger.  Cependant, aucun des albums de cette période n'arriva à égaler Rumours .

Van Halen (1978)

Van Halen

pochette de l'album Van Halen

Bien qu'il soit sorti en 1978, cet album fut enregistré en 77.  Il s'agit de l'album qui eut le plus d'impact sur la génération de guitaristes des années 80 avec Alive!   de Kiss.  En fait, Eddie Van Halen est le guitariste rock américain le plus influent depuis Jimi Hendrix.

Son style flamboyant, ses innovations techniques et la sonorité singulière et unique de sa guitare en ont fait la référence de tous les gratteux de guitare des années 80.  À un moment donné au milieu des eighties , on retrouvait un petit clone d'Eddie dans à peu près tous les bars d'Amérique du nord.  Sa technique du tapping a été reprise par à peu près tout le monde (trop en fait!) pendant la décennie suivante.  Toutefois, Eddie n'en fut pas l'inventeur en réalité.  Steve Hackett s'en servait déjà dans Genesis au début des années 70 bien avant que Van Halen n'arrive sur la scène.  Le premier enregistrement de rock connu sur lequel on pouvait entendre du tapping fut la pièce Street Worm de l'album The 12 Dreams Of Doctor Sardonicus   (1970) du groupe Spirit, dans lequel oeuvrait le guitariste Randy California (qui avait lui-même joué avec Jimi Hendrix). Néanmoins, tout ceci n'a aucune importance quand on écoute ce premier effort studio de Van Halen.  La bonne humeur du groupe sur leur premier effort discographique est contagieuse.  La fougue et la jeunesse du quatuor sont tout à fait irrésistibles.

La reprise de You Really Got Me des Kinks est absolument explosive.  il s'agit peut-être du meilleur moment du disque (qui pourtant n'en manque pas!).  Chacune des onze chansons de l'album est devenue un classique.  On n'a qu'à penser à Running With The Devil , Ain't Talkin' ‘Bout Love , Jamie's Cryin' , Feel Your Love Tonight et On Fire .  Un feu d'artifice permanent!  La complicité qui existait entre David Lee Roth et Eddie Van Halen était réjouissante.  La voix chaleureuse de Roth est un des éléments qui ont fait tant défaut à Van Halen après son départ du groupe.

Le premier disque de Van Halen a été le point de départ d'un grand groupe américain qui a laissé une marque indélébile sur la musique des années 80 et 90.  Ils ont par la suite enregistré de bons albums, mais jamais ils n'ont pu recréer l'esprit de fête qui régnait sur celui-ci.  Vraiment un achat à conseiller aux grands déprimés...

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