Les 30 albums incontournables de 1967 à 1977 ( page 4/5 )

Dark Side Of The Moon (1973)

Pink Floyd

pochette de l'album Dark Side Of The Moon

L'album le plus populaire de tous les temps.  Il est resté sur les palmarès britanniques pendant plus de 300 semaines et dans le Top 200 du Billboard pendant 741 semaines, ce qui représente plus de 14 ans!  À la fin des années 80 on en avait écoulé plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde.  À un certain moment dans les années 80, une usine allemande de fabrication de disques compacts produisait uniquement ce titre afin de pouvoir fournir à la demande.

Cet album concept, ayant comme thème de base la folie, jetait un regard noir et désabusé sur la vie contemporaine.  Comme toutes les oeuvres de Pink Floyd, il s'agit d'un album sombre et pessimiste qui tranche totalement avec le Sgt. Pepper's   des Beatles.  Il s'agit d'un album à déconseiller aux dépressifs ou aux personnes trop sensibles.

Première constatation en écoutant l'album, il n'a pas pris une seule ride en près de 35 ans.  Il est encore très actuel et sonne comme si il avait été enregistré hier.  La production est vraiment impeccable.  Probablement que le fait qu'Alan Parsons ait travaillé sur le disque à titre d'ingénieur du son y est pour beaucoup.  Les albums précédents de Pink Floyd sonnaient bien, mais celui-ci les dépasse de loin par sa perfection.

L'album s'ouvre avec un battement de coeur et une exhortation à respirer.  Tout de suite on remarque la beauté et la majesté du jeu de guitare de David Gilmour qui venait de commencer à s'établir comme un des grands guitaristes rock.  Son utilisation de la guitare slide  demeure magnifique et très originale, même aujourd'hui.  La chanson Breathe In The Air est une douce ballade planante qui donne le ton à l'album.  La pièce suivante, On The Run , est une curieuse instrumentale très électronique, ponctuée ça et là de sons étranges et hétéroclites.  Il faut vraiment voir le film projeté pendant les prestations en spectacle de Pink Floyd afin de voir à peu près ce que les musiciens avaient en tête lors de la composition et de l'enregistrement de cette pièce.

Time est la première grande chanson de l'album.  Encore une fois, bien que les paroles de la chanson soient très noires, on ne peut que s'incliner devant le talent de Roger Waters qui est décidément un parolier hors de l'ordinaire.  Le solo de guitare de Gilmour vaut vraiment le détour.  Son utilisation de l'écho analogue est tout à fait brillante.  Time   est habilement jumelée à la pièce de Richard Wright, The Great Gig In The Sky .  Cette dernière représente pour moi le plus beau moment de l'album.  La voix de Clare Torry y est tout à fait magnifique.  La partie de guitare slide du début de la pièce est aussi très belle.  Il s'agit vraiment d'une grande réussite pour Wright qui s'était toujours effacé par le passé derrière Waters et Gilmour.

Le côté deux s'ouvre avec Money , la pièce la plus connue de cet album.  Le collage qui sert d'introduction à la chanson est un véritable tour de force.  Il faut se rappeler qu'à l'époque tout ceci était fait de façon artisanale.  La technique pour produire l'effet de la caisse enregistreuse du début consistait à découper les rubans préenregistrés et à les recoller les uns après les autres tout en tentant de garder le tempo tout au long de la séquence.  Cette chanson demeure une des plus connues et des plus populaires de toute l'histoire du rock.

Les pièces du reste de l'album sont tellement bien enchaînées et entrelacées qu'on dirait qu'elles ne forment qu'une seule et unique chanson.  L'atmosphère particulière qui se dégage de Dark Side Of The Moon  en font un album unique qui a captivé plusieurs générations de mélomanes.  L'impact durable qu'il a eu sur la musique en font un disque peu commun qui restera probablement à jamais dans l'esprit des gens comme le plus grand album produit dans les années 70.

Quadrophenia (1973)

The Who

pochette de l'album Quadrophenia

Quadrophenia était le deuxième projet ambitieux d'opéra rock de Pete Townshend.  Quatre ans auparavant, les Who avaient popularisé le style avec Tommy qui s'était avéré être un des plus grands albums de rock de tous les temps.  Toutefois, cette fois-ci, les Who se surpassaient.

Sur beaucoup de points, Quadrophenia est bien meilleur que Tommy.  Bien que thématiquement plus compliqué que son prédécesseur, l'album recèle des trésors d'imagination musicale, particulièrement en ce qui a trait à l'utilisation des synthétiseurs qui était tout à fait révolutionnaire pour l'époque.  L'orchestration de Quadrophenia n'est rien de moins que magistrale.

Sur cet album, les Who délaissent le côté surréaliste qui prévalait sur Tommy, pour aborder un thème plus social.  Les Who retournent à leurs racines mod  et nous racontent l'histoire d'un jeune homme qui est tout sauf sympathique.  Il passe ses fins de semaine à Brighton avec les autres mods  à flâner et à se battre avec des rockers sur les plages.  Il n'était pas rare au milieu des années 60 de voir 2000 jeunes se battre un peu partout dans cette station balnéaire.  Souvent à leurs débuts, les Who se rendaient à Brighton pour jouer pour les mods  qui leur vouaient un véritable culte (à la grande stupéfaction de Townshend et les autres d'ailleurs, puisqu'ils ne se sont jamais considérés ou affichés comme des mods ).  Quadrophenia raconte cette époque troublée et incroyablement juvénile que personne n'a vraiment envie de revivre, sauf le jeune homme dont il est question sur l'album.

Le titre Quadrophenia fait référence à quatre traits de la personnalité de chacun des membre des Who qu'on retrouve dans celle du jeune homme révolté contre à peu près tout.  The Real Me qui ouvre l'album est une des plus grandes pièces jamais écrite par Townshend.  John Entwistle y est tout à fait brillant.  Cette pièce n'est que l'indication de ce qu'on retrouve sur les 90 prochaines minutes : jamais de temps faibles, seulement de l'émerveillement à tout moment tout le long du disque.  5:15 , Doctor Jimmy , The Punk And The Godfather , Drowned et Bell Boy sont les pièces les plus marquantes de cet incontournable du rock.

Il faut toutefois attendre la dernière chanson pour apprécier le chef-d'oeuvre de l'album : Love Reign O'er Me .  Cette pièce est sans contredit la plus touchante que les Who aient jamais enregistrée.  La partie de synthétiseur y est extraordinaire et brillante, mais c'est l'interprétation de Roger Daltrey qui a fait de cette chanson une des plus belles de toute leur histoire.  Les notes que Daltrey va chercher sont tout à fait stupéfiantes.  Il faut toutefois dire qu'il s'agissait peut-être d'un cas exceptionnel parce que jamais par la suite il n'a pu reproduire en spectacle ce tour de force incroyable.  Il s'y est approché souvent (comme lors du spectacle du Centre Molson de juillet 1997) mais n'y est jamais parvenu entièrement.  Néanmoins, Daltrey venait prouver à ses détracteurs qu'il possédait une voix exceptionnelle.

Quadrophenia peut paraître moins accessible que Tommy pour certaines personnes à cause de sa complexité.  Toutefois, il faut prendre le temps de découvrir ce disque qui reste pour moi le plus grand représentant du concept d'opéra rock.

The Lamb Lies Down On Broadway (1973)

Genesis

pochette de l'album The Lamb Lies Down On Broadway

Disons-le d'emblée, les quatre premiers albums de Genesis ( Trespass , Nursery Cryme , Foxtrot et Selling England By The Pound ) sont tous des chefs-d'œuvre.  Il est difficile de contredire ce fait.  Néanmoins, The Lamb Lies Down On Broadway est l'album le plus travaillé et le plus élaboré de toute leur carrière.  Il s'agissait du premier album concept pour cette formation britannique, une des plus importantes du mouvement progressif.  Concept par ailleurs fort compliqué.  Si le concept de Tommy des Who était difficile à saisir, celui de The Lamb est à peu près insaisissable.

On peut passer des heures à essayer de décortiquer le sens du texte imprimé à l'intérieur de la pochette et n'être pas plus avancé à la fin qu'on ne l'était au début. Sur cet ambitieux album double, on retrouve des incontournables de Genesis comme Back In New York City , The Carper Crawlers , In The Cage et Cuckoo Cocoon .  Le disque est conçu sans temps morts, les pièces s'enchaînant presque toutes les unes à la suite des autres.  Musicalement, le disque est un peu moins facile d'approche que les quatre premiers albums du groupe parce qu'on dirait qu'on a affaire à une longue pièce qui fait les quatre côtés du disque tellement l'ensemble est indissociable.  C'est cet aspect qui rebute certaines personnes à The Lamb .  Néanmoins, si on réussit à passer par dessus ce détail, l'écoute de ce disque s'avérera être une véritable jouissance pour les oreilles.

The Lamb   a été le dernier album que Genesis a enregistré avec Peter Gabriel qui a entrepris par la suite une carrière solo.  La musique du groupe a changé énormément après le départ de Gabriel.  Phil Collins a remplaçé Gabriel à la voix et le groupe a emprunté une orientation extrêmement commerciale qui n'avait plus rien à voir avec leurs premiers efforts discographiques (bien que les disques Trick Of The Tail ,  Wind And Wuthering   et And Then There Were Three   sont tout de même assez bons). Le virage commercial de Genesis a poussé Steve Hackett à quitter le groupe à son tour à la fin des années 70.  Le succès a été définitevement au rendez-vous pour Genesis dans les années 80, mais les fans de la première heure les avaient désertés depuis bien longtemps à ce moment-là.

Crime Of The Century (1974)

Supertramp

pochette de l'album Crime Of The Century

Quel amateur de rock au Québec dans les années 70 ne possédait pas une copie de cet album?  Sûrement pas beaucoup.  On avait l'impression que tout le monde et son chien possédait un exemplaire de Crime Of The Century    et de First Base   de Babe Ruth.  Quand on écoute l'album pour la première fois on comprend le pourquoi d'un tel succès.

Crime   était le troisième album de Supertramp.  Beaucoup de gens pourtant pensaient qu'il s'agissait du premier disque du groupe britannique tellement les deux premiers étaient passés inaperçus (malheureusement d'ailleurs puisque le premier album éponyme était plutôt intéressant).  Crime Of The Century   renfermait entre autres le succès School qui a fait danser une génération au complet de Québécois.  La pièce, qui commence avec une partie d'harmonica qui rappelle le film « Il était une fois dans l'Ouest » de Sergio Leone, a une mélodie irrésistible.

C'est d'ailleurs ce qui a fait le succès de Supertramp : des airs accrocheurs, de la musique de qualité très  accessible, remplie d'imagination et d'humour, sans jamais tomber dans la dérision ou la prétention.  L'album contient des pièces comme Bloody Well Right , Hide in Your Shell , Dreamer , Rudy et If Everyone Was Listening.   Seulement des classiques. Quoi de mieux pour vendre un album?  L'instrumentation est impeccable et les compositions parfaites.

C'est au Québec que Supertramp obtint pour la première fois la reconnaissance du public.  Les québécois avaient le don à cette époque de découvrir en premier les talents de groupes qui sont devenus par la suite des mégastars.  On n'a qu'à penser à Styx et à Gentle Giant.  Au moment où Breakfast In America  est sorti en 1979, Supertramp sont devenus de grandes vedettes en France et aux États-Unis.  Toutefois, ils n'avaient pas oublié que c'était au Québec qu'ils avaient connu leurs premiers succès.

A Night At The Opera (1975)

Queen

pochette de l'album A Night At The Opera

A Night At The Opera   fut un des albums les plus dispendieux à avoir jamais été enregistré.  Quand on entend le résultat, on comprend vite pourquoi.  Les membres du quatuor ont littéralement passé des mois à peaufiner cet album qui se voulait destiné à faire éclater véritablement Queen sur la scène mondiale. 
Les critiques avaient été acerbes pour les trois premiers albums du groupe britannique.  Les scribes ne voyaient en eux que des petits clones de Led Zeppelin dénués de talent et d'originalité qui s'évertuaient à enregistrer des albums de hard rock fades.  Après A Night At The Opera , plus aucun critique n'eut la témérité ou la bêtise de comparer Queen à quiconque. Le disque, fortement influencé par l'époque victorienne, brillait par son atmosphère majestueuse mais un côté néanmoins bon enfant.  L'humour y est présent d'un bout à l'autre.  Aucun synthétiseur ne fût utilisé pour l'enregistrement. 

Seuls des instruments qui sont traditionnellement associé au rock (c'est-à-dire : batterie, basse, guitare et piano) servirent à la construction du disque.  C'est sûrement à cause de cela que l'album est aussi remarquable.  Par moment on croit entendre des trompettes ou autres cuivres, alors que le tout est recréé par la seule guitare de Brian May qui s'amuse comme un fou avec les différentes tonalités de son instrument.  Et c'est d'ailleurs là que réside le génie de May : un son d'une originalité jamais entendue avant et depuis dans l'histoire du Rock.  A Night At The Opera  est essentiel à la collection de disques de tout guitariste sérieux.  Mais il n'y a pas seulement que les guitaristes qui devraient avoir une copie de ce disque.  Les prouesses vocales sont tout aussi incontournables pour tout chanteur ou chanteuse digne de ce nom.  Freddie Mercury brille tout autant que May sur l'album.  On peut aisément dire que Mercury fut un des plus grands chanteurs rock du 20 ième siècle.  Tout le long de l'album, il nous déconcerte par son talent extraordinaire.

Le disque s'ouvre avec un rock au tempo lent : Death On Two Legs (Dedicated To...).   Pour ceux qui se demandent qui peut bien être l'individu dont Mercury parle dans cette chanson (le fameux trois petits points!), il s'agit tout simplement de l'ancien agent du groupe qui ne devait définitivement pas être un type très recommandable.  Pendant des années le groupe va inclure cette pièce sombre dans son répertoire de concert.  Lazing On A Sunday Afternoon est une courte pièce de Mercury qui fait très music hall.   Suit I'm In Love With My Car , composition très rock du batteur Roger Taylor qui en est également l'interprète.  You're My Best Friend fut le premier succès de l'album.  Cette chanson du bassiste John Deacon continue toujours de nos jours à jouer régulièrement à la radio.  Les trois autres chansons qui constituent la face A du disque sont tout aussi agréables que ne l'a été l'album jusqu'ici.

Le côté B s'ouvre avec la pièce la plus étrange de l'album : The Prophet's Song .  Cette chanson de May renferme une partie vocale au centre de la pièce qui va rester à jamais un des trucs les plus bizarroïdes jamais enregistrés.  Un véritable cauchemar pour les mères d'ados du milieu des années 70.  Les gars de Queen venaient de découvrir l'effet delay   et ils s'amusaient avec les différentes possibilités offertes par ce gadget.

Love Of My Life est une des pièces qui fut les plus appréciées et demandées en concert par les fans de Queen dans les années 70.  Il faut avouer avec le recul que cette ballade avait des qualités musicales certaines.  Dans la pièce Good Company , Brian May réussit à recréer seul avec sa guitare et un ukulélé une authentique section de cuivres et d'instruments à vent.  Musicalement, il s'agit d'un des moments forts du disque.

La pièce de résistance du disque arrive à la fin de l'album : Bohemian Rhapsody .  À l'aide de plus d'une centaine d' overdubs , May, Mercury et Taylor réussissaient l'exploit de recréer à trois une chorale d'opéra au complet!  Ce titre remporta un succès immédiat en Angleterre.  Il resta neuf semaines à la première position du palmarès national.  De plus, il demeure toujours quatrième plus grand vendeur de tous les temps de 45 tours en Grande-Bretagne. Visionnaires, les membres de Queen tournèrent ce qui est considéré aujourd'hui le premier vidéo-clip de l'histoire pour Bohemian Rhapsody .  La sortie du film Wayne's World dans les années 90 a suscité à nouveau de l'intérêt pour cette pièce, une des plus belles réalisations de tous les temps, toute à l'image de cet album au grand complet.

Alive! (1975)

Kiss

pochette de l'album Alive!

Un des deux albums qui ont eu le plus d'influence sur la génération des guitaristes des années 80.  Est-il besoin de le rappeler?  Les années 80, au grand désarroi de la plupart des critiques de l'époque furent dominées en Amérique du nord par le hard rock et le heavy metal.  Cette assertion ne plaît évidemment pas à tout le monde mais il faudrait être de bien mauvaise foi pour prétendre le contraire.  Des groupes comme Iron Maiden, Metallica et Def Leppard ont fait la pluie et le beau temps tout le long de la décennie.

Combien de guitaristes, de bassistes ou de batteurs ont commencé à faire de la musique après avoir entendu Kiss Alive ?  Probablement des millions.  Pour tous ces jeunes, cet album fut leur premier contact avec la musique.  Ils se mettaient soudainement tous à délaisser leurs comic books  pour s'intéresser à ce groupe qui avait des allures de super héros dans le genre « Batman joue maintenant de la guitare ».  L'allure stupéfiante du groupe est responsable de leur succès à 100 %. Toutefois, s'il n'y avait eu que cela et si le groupe avait joué une musique merdique et dénuée d'intérêt ils n'auraient pas fait long feu.  C'est ce qui explique la longévité de Kiss contrairement à celle de groupes comme Wasp qui reprirent la même recette au milieu des années 80 (c'est ce qui explique entre autres que ces derniers se firent littéralement bombarder de canettes de bière et d'objets divers tout le long de leur tournée avec Metallica en 1985 - notamment lors de leur premier spectacle au Spectrum de Montréal en janvier - spectacle qu'ils furent par ailleurs contraints d'écourter après quinze longues minutes de platitudes sonores).

Évidemment on retrouve beaucoup de clichés sur Alive II, mais l'énergie et l'honnêteté avec lesquelles les chansons sont jouées nous font vite oublier ce détail.  Alive! ne renferme que des classiques du heavy metal : Deuce , Hotter Than Hell , Firehouse , Parasite , She , Watchin' You , 100 000 Years , Black Diamond , Cold Gin et le méga succès Rock & Roll All Nite .  Une génération complète de musiciens vont apprendre par coeur toutes ces pièces afin d'essayer plus tard de se peaufiner un style personnel.

Après l'échec de leurs trois premiers albums studio (qui n'avaient connu qu'un succès relatif), Kiss eut l'intelligence et le flair de sortir un album qui nous les montrait à leur meilleur, c'est-à-dire sur scène.  Alive!   connut un succès fou en 1975.  Le groupe était désormais au sommet avec les autres étoiles du moment.  En un peu moins d'un an la formation de New York devint une des plus grosses attractions musicales de la planète.