Les 30 albums incontournables de 1967 à 1977 ( page 3/5 )

The Allman Brothers Band At Fillmore East (1971)

The Allman Brothers Band

pochette de l'album The Allman Brothers Band At Fillmore East

Le Allman Bros Band fut un des groupes américains les plus influents du début des années 70.  Leur blues-rock assaisonné d'influences country a fait école.  Ils furent à l'origine de ce qu'on a par la suite appelé le mouvement Southern rock qui a engendré une vague de groupes issus des états sudistes dont les plus illustres représentants furent sans doute Lynyrd Skynyrd.

Ce sont surtout les guitares jumelles de Duane Allman et Dicky Betts qui étaient le point fort du groupe.  Les harmonies de guitares étaient, et sont encore stupéfiantes.  Le jeu de guitare du duo a influencé des centaines de groupes qui ont adapté leur jeu à des genres musicaux différents.  Des groupes comme Judas Priest par exemple leur doivent beaucoup.

Il faut dire que Duane Allman au départ n'était pas n'importe qui.  Il fut un des guitariste de studio les plus en demande à la fin des années 60 aux États-Unis.  Il a d'ailleurs enregistré l'album Layla en compagnie d'Eric Clapton en 1970.  il était surtout reconnu pour son jeu extraordinaire à la guitare slide .  Son frère Gregg lui, avait une voix tout à fait exceptionnelle pour le blues, en plus d'être un claviériste et un compositeur hors pairs.  De plus, le groupe avait une section rythmique constituée de deux batteries, ce qui était révolutionnaire à l'époque.

La formation de Macon (Géorgie) était reconnue pour ses longues improvisations en spectacle, ce qui rendait chaque concert unique.  C'est un peu pour cela que le groupe enregistra At Fillmore East après deux premiers albums studio qui étaient pourtant très réussis.  Ce fut une sage décision puisque Fillmore leur apporta la gloire et la fortune.  Le blues aux relents psychédéliques des Allman fit merveille et l'album se retrouva au sommet des palmarès américains.  Des pièces comme Hot ‘Lanta , In Memory Of Elizabeth Reed , Stormy Monday (de T. Bone Walker) et Whipping Post devinrent des classiques instantanés.

Malheureusement pour le groupe, Duane Allman périt dans un accident de moto l'année suivante, hypothéquant de façon grave l'avenir du groupe.  Le disque suivant, Eat A Peach , fut néanmoins très bon et il se vendit aussi fort bien, mais la suite fut moins glorieuse pour le groupe qui connut plus de bas que de hauts pour le reste des années 70.

The Allman Bros Live At The Fillmore East   demeure une des plus grandes oeuvres du rock du début des années 70, une oeuvre qui a exercé une influence majeure sur le blues et le rock du reste de la décennie et sur la suivante.  Un génie comme Stevie Ray Vaughan l'a sûrement beaucoup écouté...

Led Zeppelin IV (1971)

Led Zeppelin

pochette de l'album Led Zeppelin IV

Au moment de la sortie de leur quatrième album, Led Zeppelin était arrivé à complète maturité musicale.  Le groupe avait jeté les bases du heavy metal avec leur deux premiers albums et expérimenté le folk avec un troisième album plus acoustique et léger.  Led Zeppelin IV faisait la synthèse de ces styles musicaux.

On retrouve sur l'album des trucs lourds comme Black Dog, Misty Mountain Hop et When The Levee Breaks , ainsi que des pièces de folk anglais rural de type celtique comme The Battle Of Evermore et Going To California .  Le quatuor en profite également pour faire un clin d'oeil à leurs racines avec la chanson Rock and Roll . Évidemment, la pièce de résistance du disque demeure Stairway To Heaven , une des chansons les plus connues et appréciées de l'histoire du rock.  Bien sûr, la tendance actuelle consiste à vomir sur cette chanson et à la considérer comme kétaine, réaction normale après la surexposition dont elle a été victime à la radio (chanson la plus jouée de tous les temps). Évidemment cette surexposition a provoqué une écoeurantïte  aiguë chez les mélomanes.  C'est malheureux car les qualités de cette pièce sont tellement exceptionnelles qu'il serait idiot de s'en priver et de la mépriser comme certains le font.  Le célèbre chef d'orchestre Leonard Bernstein a déjà lui-même déclaré cette pièce comme était musicalement parfaite.  Si Bernstein, un des plus grands musiciens du siècle, a porté un tel jugement c'est sûrement que cette chanson a quelque chose de remarquable.

Sans jamais être compliquée, Stairway To Heaven est construite d'une façon impeccable.  Il s'agit du meilleur exemple de pièce progressive.  Elle débute sur une séquence douce pour lentement se muer à la fin en rock des plus heavy  avec un solo de guitare mémorable.  Les paroles de Stairway, tout comme celles que l'on retrouve sur le reste de l'album sont empreintes de mysticisme et d'occultisme.  Même l'intérieur de la pochette reflète l'intérêt de Page pour la magie noire.  Autre fait particulier, on ne retrouve pas le nom du groupe nulle part sur la pochette originale, pas plus que le titre d'ailleurs.

En outre, Led Zeppelin IV était truffé d'innovations technologiques.  À l'époque où il fut enregistré, les gadgets numériques n'existaient pas.  Tous les effets devaient être créés dans le studio à partir d'à peu près rien.  La sonorité des studios y était pour beaucoup dans le choix des musiciens d'un site d'enregistrement par rapport à un autre. Par exemple, le studio d'Abbey Road n'avait pas la même sonorité que celui d'Electric Ladyland.  Le degré de réverbération des studios y était pour beaucoup dans le résultat final des enregistrements.  Led Zeppelin IV fut enregistré dans un château dans la campagne anglaise et il y régnait apparemment une atmosphère singulière. Pour donner une réverbération particulière à la batterie de John Bonham pendant When The Levee Breaks, Page a décidé d'enregistrer la batterie dans la hall d'entrée du chàteau et fait installer des micros un peu partout, allant même jusqu'à en mettre dans la cage de l'escalier et à l'étage supérieur.  Aujourd'hui, pour obtenir le même résultat, on n'aurait qu'à tourner quelques boutons et le tout serait fait en cinq minutes.  Mais au début des années 70 il s'agissait d'un véritable tour de force.

Page s'amuse en studio tout le long de l'album et essaie de nouvelles choses.  Au début de Black Dog il branche sa guitare sur un haut-parleur rotatif Leslie afin d'obtenir le son étrange qui introduit la chanson.  Ce sont ces petits détails qui font de Led Zeppelin IV un album aussi intéressant et original.

C'est un disque que je conseille particulièrement aux néophytes qui ne connaissent pas Led Zeppelin.  Vous ne serez pas seuls à en posséder une copie puisqu'on estimait en 1996 que 16 millions de personnes dans le monde en avait une en sa possession, ce qui en fait un des albums de rock les plus vendus de tous les temps...

Sticky Fingers (1971)

The Rolling Stones

pochette de l'album Sticky Fingers

Ce disque studio des Stones fut le premier à paraître sur leur propre étiquette, Rolling Stones Records.  Sticky Fingers , qui représente une de leurs plus belles réussites discographique, faisait suite à Let It Bleed sorti deux ans plus tôt.  Le climat relaxe de l'album et les paroles empreintes de volutes de fumées interdites ont tout de suite séduit les fans du groupe.  Mick Jagger faisait constamment référence à la drogue dans ses textes ( Sister Morphine , Brown Sugar ), ce qui donnait à penser que tout l'entourage des Stones était constitué de junkies.

Néanmoins, malgré ce message d'une moralité douteuse, Sticky Fingers   est à classer parmi les meilleurs albums du genre.  On y retrouve des classiques comme Bitch , You Gotta Move , Can't You Hear Me Knocking , Wild Horses et, bien sûr, Brown Sugar .  Tout comme sur les deux derniers albums, les influences sur Sticky Fingers   sont diverses : blues, country, folk et rock pur à 100%.  Ce qui est exceptionnel avec les Stones, c'est qu'ils se servent de ces influences afin de se concocter un style personnel tout à fait unique. Ce fut probablement la force des Stones qui essayaient toujours de faire évoluer leur musique en allant puiser à d'autres sources.

L'année suivante, les Stones sortirent Exile On Main Street   qui était un peu un retour aux sources pour eux.  Bien que l'album fut excellent, il n'avait pas le même aspect expérimental que ses prédécesseurs avaient.  Sticky Fingers   fut véritablement le dernier album audacieux des Stones.

Salisbury (1971)

Uriha Heep

pochette de l'album Salisbury

La plupart du temps, les tentatives de fusion entre le rock et la musique classique se sont soldées par des échecs.  Il y a eu peu de réussites dans le genre.  Quand venait le temps de jumeler un orchestre symphonique avec une formation rock on obtenait soit des résultats ringards, soit un exercice prétentieux et ennuyant.  Il y a bien eu les albums Days Of Future Passed   des Moody Blues et In Concert With The Edmonton Symphony Orchestra   de Procol Harum, mais il s'agissait vraiment d'exceptions. Autre exception, Salisbury, du groupe culte Uriah Heep.  Nous avons ici affaire à une réussite totale de la part du quintette anglais.

C'était la première fois qu'on jumelait un groupe heavy à un orchestre de cuivres et d'instruments à vent de 22 musiciens.  Le morceau fait plus de 16 minutes.  Tous ceux à qui j'ai fait entendre cette pièce ont été frappés par la puissance de cette composition.  Salisbury ne sonne absolument pas comme de la musique d'ascenseur.  La pièce sonne plutôt comme une tonne de briques sur la tête.  Il faut vraiment l'entendre pour se faire une idée des résultats auxquels Uriah Heep sont arrivés.  Le solo de Wah-Wah  de Mick Box est tout à fait hallucinant.  Le groupe a vraiment fait sa marque pour la première fois avec ce morceau.

Toutefois, on ne retrouve pas seulement que cette pièce - qui occupe la face deux au complet - sur l'album.  Le disque s'ouvre avec la très heavy    Bird Of Prey qui risque certainement de vous décaper les oreilles dès le départ.  Le riff  de guitare est carrément dévastateur.  Il s'agit certainement d'une des meilleures pièces du répertoire de Heep.

Par la suite, on retrouve The Park , une pièce douce qui nous permet de relaxer, ce qui est rare sur un disque de Uriah Heep.  il s'agit d'une des chansons préférée de Ken Hensley, le claviériste et leader du groupe.  Time To Live est un bon rock punché  au tempo lent.  Lady In Black , la chanson suivante, est devenue un des premiers succès de Uriah Heep.  Il s'agit d'une balade dans le genre « guitare sur le bord d'un feu de camp ».  Apparemment qu'on se sert de cette chanson dans des écoles allemandes afin d'enseigner l'anglais aux enfants.  High Priestess est un autre petit rock bien conventionnel.  Malheureusement il fait bien pitié comparativement au reste du disque.

Salisbury est sorti sous deux différentes pochettes.  Celle que l'on peut admirer ci-dessus ornait la copie britannique.  Il y a aussi des différences entre les copies vinyle des deux pays : on a remplacé Bird Of Prey sur le pressage nord-américain par la pièce Simon the Bullet Freak , beaucoup moins intéressante à mon avis.  Je vous conseille donc fortement de vous procurer plutôt la version britannique du disque qui est bien meilleure.

Thick As a Brick (1972)

Jethro Tull

pochette de l'album Thick As a Brick

En 1972, cet album atteignit la première position du palmarès Billboard.  Pas si mal pour un album qui ne contenait qu'une seule pièce qui durait près de 45 minutes!  Ian Anderson nous présentait là son projet le plus grandiose.  Il s'agissait du cinquième album de Jethro Tull.  Le disque précédent, Aqualung , avait remporté un succès monstrueux et était déjà considéré comme un classique du rock.  Il aurait été facile pour Anderson de s'asseoir et de préparer un Aqualung II .  Au lieu de cela, le chanteur de Jethro Tull a pris un énorme risque et nous a offert l'album Thick As A Brick .

Présenté comme étant l'oeuvre d'un enfant de huit ans (ce qui n'était qu'une blague de la part d'Anderson), l'album va faire longtemps les délices des amateurs de rock progressif.  La pochette magnifique nous présentait l'album sous la forme d'un journal d'une petite municipalité anglaise.  La pièce, conçue d'après un poème scabreux, comporte plusieurs parties, tout comme s'il s'agissait d'une douzaine de chansons différentes les unes des autres, ayant en commun le même thème.

On passe de la balade acoustique aux influences celtiques, au hard rock puissant aux sonorités qui font très début des années 70.  L'expérience auditive est à peu près indescriptible. Il faut vraiment se tremper dans l'écoute de ce disque afin de se faire une bonne idée de ce chef-d'oeuvre.

Jamais ennuyant, cet album restera à jamais celui que je préfère. Trois quarts d'heure de pur bonheur.  Vraiment un disque à découvrir...

Pawn Hearts (1972)

Van Der Graaf Generator

pochette de l'album Pawn Hearts

De tous les groupes de rock progressif des années 70, c'est probablement Van Der Graaf Generator qui a fait la musique la moins accessible de toutes.  Une musique complexe, étrange, noire, sépulcrale et absolument anti-commerciale.  Souvent, il fallait écouter un album de Van Der Graaf Generator trois ou quatre fois avant de commencer à se familiariser avec lui.  Toutefois, une fois que c'était chose faite, on devenait accroché à cet album pour le reste de sa vie.

Ma première expérience avec Pawn Hearts fut très différente puisque j'ai accroché dès la première écoute.  Des albums comme Still Life  ou Godbluff   étaient excellents, mais ils étaient cependant plus difficiles à aborder que ce quatrième disque de la formation britannique.  Il reste néanmoins que Pawn Hearts n'est pas pour tout le monde, bien que Van Der Graaf Generator aient connu beaucoup de succès au Québec dans les années 70.  Ils faisaient le tour du Québec et remplissaient des arénas à chacun de leurs concerts.  C'est donc dire qu'il y a un public pour la musique complexe.

Le chanteur guitariste Peter Hammill était le cerveau de la formation qui comprenait Hugh Banton à l'orgue et au piano, David Jackson au saxophone et Guy Evans à la batterie.  Ils ont passablement influencé la new wave et la cold wave de la fin des années 70.

Pawn Hearts ne contient que trois longues pièces et une petite instrumentale de deux minutes.  Le disque s'ouvre avec la pièce Lemmings (Including Cog).   Tout de suite en partant on a une bonne idée de ce qui va suivre pour le reste de l'album.  Un climat oppressant mais curieusement aérien.  La partie de basse frappe en particulier par son étrangeté.  Le saxophone de Jackson est bien en évidence tout le long de la pièce qui fait la moitié de la face un.  Theme One , composée par l'ancien producteur des Beatles, George Martin, était sortie quelque temps auparavant en 45 tours.  Il s'agit d'une petite pièce instrumentale très agréable.  Man-Erg est un morceau qui passe tour à tour de la ballade douce à l'orgue et au piano, à la défonce rock la plus totale.  La composition se termine par un crescendo magistral.

Sur la face deux, on ne retrouve qu'une seule pièce, A Plague Of The Lighthouse Keepers.  Il s'agit ici du chef-d'œuvre de Van Der Graaf Generator.  Un long morceau qui fait plus de 23 minutes.  Il serait ici inutile de tenter de décrire cette pièce grandiose, puisqu'il faut vraiment l'entendre pour en saisir toute la majesté.  Mentionnons seulement que A Plague   se termine par un solo de guitare monumental de Robert Fripp de King Crimson.  Juste pour ce moment-là, l'achat de Pawn Hearts  en vaut amplement la peine.