Les 30 albums incontournables de 1967 à 1977 ( page 2/5 )

Tommy (1969)

The Who

pochette de l'album Tommy

Comme je le mentionnais auparavant, Tommy fut le premier opéra rock vraiment connu de tous les temps ( S.F. Sorrow des Pretty Things a l'honneur d'avoir été le premier vrai opéra rock et d'avoir inspiré Pete Townshend pour le sien).  Avec cet album The Who sont devenus des superstars planétaire dont la fortune était assurée.  Heureusement d'ailleurs puisque cet album double est venu littéralement sauver le groupe de la faillite car ils avaient la manie de détruire tous leurs instruments et équipement de scène à chacun de leurs spectacles et cela depuis leurs débuts. Inutile de dire que cette pratique leur avait coûté extrêmement cher, au point où ils étaient presque ruinés à la fin des années 60 malgré une très bonne notoriété et des chiffres de vente très honorables.  Tommy n'obtint pas un succès immédiat à sa sortie, mais il se mit à vendre de plus en plus au cours des mois et des années qui suivirent, au point de devenir un des plus grands vendeurs de l'histoire du rock.

Tommy raconte l'histoire d'un jeune garçon sourd, muet et aveugle qui est champion de pinball…  Inutile de dire qu'il s'agissait d'un concept très surréaliste.  Tout le long de l'album, Tommy rencontre divers personnages : le méchant cousin Kevin, une prostituée surnommée l' Acid Queen , le vieil oncle Ernie qui abuse de lui et Sally Simpson, une riche groupie qui est défigurée par des fans de Tommy en délire.  Évidemment le récit est difficile à suivre et la finale tout à fait incompréhensible (après avoir fondé une secte, les disciples de Tommy se révoltent contre lui et détruisent son camp de vacances!!!). Néanmoins, si l'histoire de Tommy est difficile à comprendre, il en est tout autrement de la musique qui est très accessible.  Pas besoin d'être un mélomane érudit pour pouvoir apprécier cet opéra rock.  Le nombre de classiques des Who qu'on retrouve sur Tommy est là pour en témoigner : Pinball Wizard , I'm Free , The Acid Queen et We're Not Gonna Take It , qui reprend le fameux thème See Me, Feel Me à la fin de l'album.

Avec ces atouts, il n'est pas surprenant que Tommy ait toujours été un des albums préférés de la génération du Baby boom .

Happy Trails (1969)

Quicksilver Messenger Service

pochette de l'album Happy Trails

On a souvent entendu parler des groupes psychédéliques de San Francisco. Le Jefferson Airplane fut le plus glorieux de tous ces groupes.  Mais la plupart des trucs issus de Haight -Ashbury ne se sont jamais rendus bien loin.  L'époque était très particulière.  Les groupes pouvaient se permettre d'improviser en concert pendant de longues heures, tout en étant acclamés par le public et la critique. Tout cela, sans jamais avoir  à se soucier d'avoir à produire des succès sur 45 tours. Un des groupes les plus importants de la Bay Area à l'époque (1967-1970) fut Quicksilver Messenger Service.  Au moins aussi important que les Grateful Dead, It's A Beautiful Day, Country Joe & The Fish et le Big Brother & The Holding Company de Janis Joplin ne l'ont été.

Quicksilver était dirigé par le guitariste John Cippolina.  Un musicien réputé pour son jeu nerveux, son bon goût et son vibrato exacerbé qui a fait de nombreux petits par la suite. Le groupe a été signé en 1968 par Capitol Records et a enregistré un premier album éponyme en 1968.  L'effort était fort louable mais n'égalait en rien les prouesses musicales dont le groupe faisait preuve sur scène.  Pour le deuxième disque, la formation a eu l'idée brillante d'enregistrer là où elle excellait le plus : en spectacle sur la scène des Fillmores East et West.  Le résultat est on ne peut plus intéressant. Le disque débute avec une version de 25 minutes de Who Do You Love de Bo Diddley qui nous permet d'apprécier les talents de chacun des musiciens du groupe.  Il s'agit là du meilleur moment du disque.

Les quatre autres pièces du disque sont intéressantes (surtout Maiden Of the Cancer Moon ) par leur approches instrumentales atmosphériques, mais restent néanmoins marginales (dans le fond, il s'agit tout de même de rock psychédélique... un genre plutôt inaccessible pour le commun des mortels).  Pour les initiés, il s'agit-là d'un véritable orgasme musical qu'il faut déguster avec une avidité vorace.

Un incontournable d'une époque fascinante qu'il fait toujours bon de revisiter ne serait-ce que pour son incroyable candeur...

Paranoid (1970)

Black Sabbath

pochette de l'album Paranoid

Tout comme les deux premiers disques de Led Zeppelin, ceux de Black Sabbath sont venus établir les bases définitives du heavy metal .  Tous les ingrédients étaient là : véritable mur de son monstrueux créé par le guitariste Tony Iommi, tempos à la fois lourds et lents de la section rythmique composée de Geezer Butler à la basse et de Bill Ward à la batterie, ainsi qu'une voix d'outre-tombe hurlée par un certain Ozzy Ozbourne. 

Le premier disque éponyme du quatuor, sorti en 1970, a remporté beaucoup de succès malgré les critiques qui se sont mis dès le départ à s'acharner sur le groupe (les critiques dans les années 70 détestaient à peu près unanimement tous les groupes de hard rock ou de métal).  Néanmoins, le succès est arrivé relativement rapidement pour Black Sabbath. 

Ces quatre jeunes, maniaques de films d'horreur, avaient commencé par former ensemble un groupe de blues à la fin des années 60 appelé Earth .  Cette formation n'est jamais allée loin et c'est ce qui a poussé Tony Iommi à se joindre à  Jethro Tull pour un court séjour. Au début de 1969 Iommi est rentré au bercail et le quatre hommes ont décidé alors de se rebaptiser Black Sabbath.

En prenant ce nom ils savaient exactement ce à quoi ils s'exposaient.  Mais l'idée de se démarquer des autres groupes qui chantaient la paix et l'amour en adoptant, eux, une image noire et satanique était trop tentante.  Pendant des années ils ont eu à faire face à des prédicateurs hallucinés qui croyaient fermement que les quatre fils d'ouvriers anglais pauvres étaient des rejetons de Lucifer directement importés de l'enfer.  On parlait même du groupe aux nouvelles du soir lorsqu'ils se produisaient dans différente ville américaines : «Ne vous rendez pas à ce spectacle.  Mais, si vous le faites, ne les regardez surtout pas dans les yeux!»  Personnellement, je me rappelle qu'au début des années 80 je me suis rendu au Colisée de Québec pour assister à un spectacle de Ozzy Ozbourne alors qu'une bande d'hurluberlus avaient passé le spectacle en entier dans le stationnement de l'amphithéâtre afin de prier pour nos âmes, à 30 degrés sous zéro! Pourtant, l'histoire a montré que les musiciens de Black Sabbath étaient pas mal plus intéressés à faire la fête avec leurs groupies qu'à courir tous nus à la pleine lune pour sacrifier des vierges…

Paranoid contient certains des plus grands classiques de Sabbath : War Pigs , Iron Man , Electric Funeral , Fairies Wear Boots et la chanson titre.  Ce disque devrait obligatoirement faire partie de la collection de chaque amateur de métal puisqu'il définit parfaitement ce style de musique toujours incontournable de nos jours.

In Rock (1970)

Deep Purple

pochette de l'album In Rock

À leurs débuts, Deep Purple faisaient un genre de pop musclée qui nous a donné des succès comme Hush   et Kentucky Woman , une reprise d'un succès de Neil Diamond.  À ce moment-là la musique de Purple faisait un peu penser à celle de Vanilla Fudge, mais en moins brutale.  L'organiste Jon Lord était à la tête du groupe initialement.  Par la suite ils s'essayèrent à la fusion de la musique classique et du rock.  Cette tentative s'avéra un échec.  L'album Concerto For Group And Orchestra  fut un flop  commercial.  C'est à partir de là que le guitariste Ritchie Blackmore a pris les commandes du groupe.  Deep Purple a alors amorcé un virage à 360 degrés et se sont lancés dans le heavy metal .

Le premier microsillon avec cette nouvelle orientation groupe a été In Rock .  Cet album reste encore aujourd'hui un des plus réussis de Deep Purple, quoiqu'il n'a pas nécessairement été le plus populaire.  Sur ce point, les disques Machine Head   et Made In Japan   le dépassent largement.

Il s'agit de leur ouvrage le plus égal, le plus achevé et le plus enthousiaste en carrière.  On y retrouve entre autres les classiques Speed King , Flight Of The Rat , Hard Lovin' Man et, par dessus tout, Child In Time .  Jamais on ne sent qu'une des chansons a été mise là afin de boucher un trou.  L'ensemble est inspiré et respire la fraîcheur.  On retrouve beaucoup de solos d'orgue et de guitare sur le disque, mais rien n'est déplacé ou ennuyeux.  Même que souvent c'est le moment le plus attendu de chaque morceau.  Il faut mentionner en passant que Ian Gillan avait toute une voix dans ce temps-là.

In Rock  nous permet de faire un beau voyage dans le temps, à l'époque où le métal était encore jeune.  Un beau moment.

The Twelve Dreams Of Doctor Sardonicus (1970)

Spirit

pochette de l'album The Twelve Dreams Of Doctor Sardonicus

La musique psychédélique a influencé à fond la fin des années 60.  Qu'en était-il en réalité du psychédélisme?  Pas grand-chose malheureusement!  En fait la plupart des groupes psychédéliques étaient souvent mauvais et peu intéressants.  On se rappelle seulement des grandes formations comme Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et les Grateful Dead.

Autre exception : Spirit, qui fut probablement un des plus grands représentants du genre psychédélique de la fin des années 60.  Tous les albums du groupe parus à cette période sont des classiques.  En tant que musiciens, ils surpassaient de loin leurs contemporains.  Randy California (guitare) brillait par son génie (n'oublions pas qu'il a a eu pour mentor Jimi Hendrix!).  Le reste du groupe était aussi extraordinairement surdoué.  La voix de Jay Ferguson était d'une douceur appropriée pour le genre Peace & Love   allumé.  Mais c'est surtout Ed Cassidy (batterie) qui aida le  groupe à se démarquer par son côté jazz /rock révolutionnaire.  Déjà avec The Family That Plays Together   (qui renfermait leur énorme succès I Got A Line On You ) on se doutait du talent exceptionnel de la formation.  Mais la surprise fut générale avec la sortie de The 12 Dreams of Doctor Sardonicus . Ce disque, leur troisième, est le meilleur album qu'ils ont enregistré en carrière et demeure une des œuvres majeures des années 60.  Seule Nature's Way eut passablement de succès à la radio.  Mais, somme toute, le disque resta plutôt ignoré.  Chose incompréhensible puisque l'album au complet est tout à fait génial.  Les explorations techniques et musicales du groupe nous laissent pantois encore aujourd'hui.  L'album sonne comme s'il venait d'être enregistré la veille.

Nothing to Hide qui ouvre l'album est une pièce ambitieuse agrémentée de cuivres et d'un solo de guitare slide  bourré d'effets de réverbération.  Cette chanson augure très bien du reste de l'album.  C'est suivi de la merveilleuse Nature's Way , une chanson acoustique accompagnée d'une partie de timbales.  Cet extrait du disque continue encore aujourd'hui de jouer régulièrement sur les ondes des stations de rock classique américaines.  À part I Got A Line On You , Nature's Way   est la pièce la plus connue de Spirit.
Love Has Found A Way utilise intelligemment comme base rythmique plusieurs bandes passées à l'envers.  L'effet est, on ne peut plus intéressant.  On se demande encore où ils ont été chercher un concept aussi révolutionnaire.  Bien sûr, les Beatles et Hendrix avaient déjà exploité l'idée, mais aucun des deux n'avaient été aussi loin.

Mr. Skin aurait pu être un succès.  Mais peut-être que cette chanson funky  ainsi que le reste de l'album étaient beaucoup trop en avance sur l'époque pour avoir eu un impact immédiat.  On réalise ce fait quand on écoute les chansons suivantes, Space Child et When I Touch You .  Cette dernière en particulier nous rappelle la formation grunge de Seattle Soundgarden.  Tout cela en 1970!  C'est dire à quel point 12 Dreams   était visionnaire.

Street Worm est un des sommets de l'album.  Pour la première fois dans l'histoire du rock, un guitariste avait recours à la technique du tapping .  La partition de guitare et l'interaction avec le piano sont tout à fait brillantes.

Comment cet album a-t-il pu passer à côté du succès?  Voilà un autre des mystères de la vie.  Aucune idée!  Mais il serait injuste de passer une autre fois à côté... Non?

Fragile (1971)

Yes

Pochette de l'album Fragile

L'arrivée des vidéo-clips a grandement contribué à faire disparaître l'aura de mysticisme dont le rock était entouré dans les années 60 et 70.  Je suis heureux d'être né au milieu des années 60 et d'avoir grandi à l'époque où les stations comme MTV ou Musique Plus n'existaient pas.  Le rock avait ce côté mystérieux qu'il n'a plus aujourd'hui.  Au début des années 70 les pochettes d'albums étaient tout à fait hallucinantes et étaient de véritables œuvres d'art qui vous permettaient de rêvasser pendant des heures sans l'apport d'aucune drogue. 

Yes était un des ces groupes dont la musique permettait de rêver et de se retrouver dans un autre monde.  Évidemment, le sens des paroles était incompréhensible (je me demande même si Jon Anderson avait une idée de ce qu'il racontait), mais elles contribuaient à rendre encore plus mystérieuse cette musique complexe qui avait un côté mélodique extraordinaire.  La musique était certes compliquée, mais il s'en dégageait une fraîcheur et un enthousiasme qui ne laissait personne indifférent. Ça peut paraître incroyable aujourd'hui, mais cet album très anti-commercial (il contient trois chansons qui font plus de huit minutes!) a obtenu un succès colossal à sa sortie en 1972. Le succès du disque était surtout dû à la présence de la pièce Roundabout , une des chansons les plus connues et les plus appréciées des années 70.  Mais ça ne s'arrête pas là.  On retrouve aussi sur le disque des classiques comme Long Distance Runaround , Mood For A Day et Heart Of The Sunrise .  Plein de bonnes raisons pour se procurer cet album quoi!

Évidemment, la musique progressive n'est pas appréciée de tous.  Les détracteurs de ce genre musical sont légions.  On la trouve froide et prétentieuse.  Par contre, il est très curieux de voir souvent ces mêmes personnes s'ébahir sur la musique d'artistes tels Björk dont la musique est carrément frigorifique.  La musique est question de goûts.  Si vous êtes totalement hostile au rock progressif, il serait surprenant que vous appréciez Fragile. Toutefois, si vous avez envie de vous procurer un disque de rock progressif afin de vous familiariser avec le genre, c'est cet album que je vous conseillerais.  Yes est un des groupes les plus accessibles du genre avec Supertramp et Pink Floyd.  Et puis, seulement que pour Roundabout , l'achat en vaut le coût...