Les 30 albums incontournables de 1967 à 1977 ( page 1/5 )

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967)

The Beatles

Pochette de l'album    Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band

C'est à partir de 1965 et de l'album Rubber Soul   que les Beatles ont vraiment commencé à expérimenter et à explorer de nouvelles avenues avec leur musique.  À ce moment-là, les Beatles avaient déjà fait beaucoup de chemin depuis leurs débuts. Ils n'étaient définitivement plus les quatre garçons naïfs et un peu ignorants de Liverpool.  Avec le temps ils avaient commencé à s'intéresser à la philosophie, aux religions et aux cultures étrangères, à la littérature, au théâtre et aux arts.
George Harrison en particulier, se mit à fortement s'intéresser aux sonorités issues de l'Orient.  C'est ce qui explique la présence d'une pièce comme Norwegian Wood sur le disque Rubber Soul.  Les quatre musiciens ne se doutaient vraiment pas à ce moment-là qu'ils venaient d'introduire avec la sitar une nouvelle sonorité qui allait obtenir un succès étonnant et devenir présente dans la musique du reste des années 60.  Le reste de l'album renfermait de véritables petits bijoux    tels : Girl , Drive My Car , Nowhere Man , In My Life et Wait .  Toutefois, malgré le fait qu'on considère encore aujourd'hui Rubber Soul   comme le premier chef-d'oeuvre des Beatles, il ne s'agissait là que des premiers balbutiements sophistiqués de ce qui allait suivre.
Les mois suivants allaient s'avérer encore plus importants au niveau de la création pour les Beatles.  En 1966, le public et les critiques étaient certains que le quatuor avait atteint le sommet de leur créativité avec l'album Revolver , leur disque le plu sophistiqué et expérimental jusque-là. Le Fab Four venait tout juste de se décider à abandonner les tournées de spectacles pour se consacrer entièrement au travail de studio et les soi-disant experts de l'époque s'accordaient tous à dire que l'inspiration et la popularité du groupe allaient lentement décliner.  L'histoire allait une fois de plus nous montrer que ces «experts» étaient à côté de leurs pompes.  Pourtant, en écoutant Revolver, les critiques auraient dû réaliser qu'il se passait réellement quelque chose de particulier avec le quatuor.  Les Beatles expérimentaient pour la première fois avec de nouveaux sons (fuzz box  dans Taxman , enregistrements passés à l'envers dans I'm Only Sleeping , effets spéciaux dans Yellow Submarine ), se servaient d'instruments de musique non traditionnels pour une formation de rock (tablas dans Love You To , quatuor à cordes dans Eleanor Rigby ...) et embrassaient à fond l'idéologie psychédélique qui faisait de plus en plus d'adeptes dans le Swingin London et le reste du monde.  Leurs expériences avec la drogue n'étaient pas étrangères à cette nouvelle orientation. À la suite de Revolver , les Beatles passèrent plusieurs mois en studio afin de concocter l'album suivant, ce qui semblait donner raison aux critiques qui déclaraient avec un plaisir évident que le quatuor était à cours d'inspiration et que les garçons n'arrivaient plus à rien pondre de valable, ce qui expliquait le délai de livraison exagéré du disque.

Quand Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band   sort le 1er juin 1967, les critiques et le public sont estomaqués.  Cet album va changer à jamais la conception que les musiciens et le public avaient du 33 tours.  Ils s'agissait de la première grosse production dans le domaine de la musique populaire.  Auparavant, les musiciens concevaient le 33 tours comme une collection de chansons à succès n'ayant aucun rapport ou fil conducteur les unes avec les autres.  Même les Rolling Stones voyaient les 33 tours comme étant des recueils de singles .  La sortie de Sgt. Pepper's  va changer tout cela et sonner le début de la fin des 45 tours.  Dorénavant, les groupes vont consacrer de plus en plus d'argent et de temps à l'enregistrements et la réalisation de leurs albums, tout en délaissant le marché des singles.  Sgt. Pepper's   inaugure la mode des albums concept.

Inspiré par le disque Pet Sounds  des Beach Boys, Paul McCartney fut l'instigateur de cet ambitieux projet.  Paul domine littéralement tout l'album, ayant signé la majorité des compositions,  dont la chanson qui donne son titre au disque.  John Lennon y est un peu plus effacé que d'habitude, ne signant que trois des chansons de l'album ( Lucy In The Sky With Diamonds , Being For The Benefit Of Mr. Kite   et Good Morning, Good Morning ) et participant avec Paul à l'écriture de leur chef-d'oeuvre commun, A Day In The Life .

L'album s'ouvre avec la chanson titre, un rock traditionnel qui nous présente l'orchestre du Sgt. Pepper comme les hôtes de la soirée.  À l'époque, les longs noms de groupes étaient à la mode (on n'a qu'à penser par exemple à des formations comme Quicksilver Messenger Service, Strawberry Alarm Clock et Big Brother & The Holding Company pour s'en rendre compte) et McCartney eut l'idée pour le projet de créer un groupe fictif affublé d'un nom interminable.  La pièce Sgt. Pepper's dégage une atmosphère de bonne humeur et de plaisir évident.  Des bruits de foule servent d'enchaînement à la chanson suivante, With A Little Help From My Friend , chantée par Ringo Starr.  Cette chanson est probablement la meilleure que Ringo ait jamais enregistrée avec les Beatles.  Joe Cocker va en faire une reprise fort réussie un an plus tard.

La troisième pièce, Lucy In The Sky With Diamonds reste la chanson la plus bizarre de tout l'album.  Baignant dans une atmosphère psychédélique étrange et faisant référence à la drogue (les fameuses initiales L.S.D.), la pièce nous ramène dans l'univers que Lennon avait déjà auparavant commencé à explorer avec les chansons Tomorrow Never Knows  et Strawberry Field Forever .  L'imagerie fort insolite des textes laisse plus d'un auditeur déconcerté.  La chanson va faire longtemps l'objet de nombreux commentaires.  Les Beatles vont même être accusés d'inciter les gens à se droguer.  Tout ceci sera évidemment démenti par Lennon lui-même.

Getting Better de McCartney est un bon petit rock sans prétention dont seuls les Beatles avaient la recette à l'époque.  La partie de guitare en particulier est très réussie.  La sonorité de la guitare de Harrison tranche avec le reste des instruments de façon superbe.

Fixing A Hole restera à jamais une des plus belles chansons jamais écrites par McCartney.  Les textes (un peu comme dans la chanson précédente) expriment l'optimisme que Paul et le reste du groupe ressentent à cette étape-ci de leur carrière.  Le clavecin qui domine tout de long de la chanson apporte une couleur très psychédélique à l'ambiance.  Une fois de plus, Harrison se fait remarquer grâce à
son excellente partie de guitare.

She's Leaving Home est peut-être la chanson qui a le plus mal vieilli de tout l'album.  Le côté un peu trop «mélo» de cette pièce finit un peu par ennuyer.  Being for The Benefit of Mr Kite , la deuxième chanson signée par Lennon, s'avère être sa meilleure contribution au disque.  L'atmosphère irréelle de cirque est rehaussée par l'utilisation de bandes passées à l'envers et par un orgue psychédélique omniprésent.  Lennon a affirmé par la suite que ses paroles sibyllines avaient été inspirées par une vieille affiche de cirque.

La face deux débute avec la contribution de Harrison, Within You Without You , une autre pièce d'inspiration indienne dans la même veine que Love You To de l'album Revolver .  Encore une fois, George explore cette musique et cette culture qui exercent une véritable fascination sur lui.  When I'm Sixty-four de McCartney s'avère être une malheureuse incursion dans le monde du music hall.  Assez curieusement, l'incongruité de cette pièce dans le décor vient toutefois peut-être encore une fois rehausser le caractère étrange et psychédélique du disque.  Après tout, qui aurait cru retrouver une telle chanson sur l'album le plus psychédélique de tous les temps.

Lovely Rita de McCartney est un autre petit rock agréable, tout comme la pièce suivante, Good Morning Good Morning de Lennon, chanson dominée par les cuivres.  Cette fois-là, Lennon avoua qu'il avait puisé son inspiration sur une boîte de Corn Flakes (!!!).

 La douzième pièce est une reprise plus courte et plus rythmée de Sgt. Pepper's qui sert d'introduction à la pièce de résistance de l'album : A Day In The Life .  La chanson est une véritable collaboration Lennon-McCartney.  À l'origine il devait s'agir de deux chansons distinctes.  Cependant, Lennon n'arrivait pas à trouver de bridge pour la sienne, alors que McCartney de son côté n'arrivait pas à trouver de refrain.  Les deux pièces furent habilement jumelées par le groupe, créant du même coup un de leurs plus grands chefs-d'oeuvre.  On reconnaît le style de Lennon au début et à la fin de la pièce, alors que le milieu fait typiquement McCartney.  A Day in The Life  allait devenir un véritable monument des années soixante.  L'accord de piano qui met un point final à l'album résonne comme le couvercle d'une tombe qui s'abat pour l'éternité, scellant à jamais cette oeuvre maîtresse intemporelle.

Are You Experienced? (1967)

Jimi Hendrix

pochette de l'album Are You Experienced?

Quand on regarde les titres qui composent ce premier effort studio de Jimi Hendrix, on pourrait facilement croire qu'il s'agit d'un album compilation du genre Best Of ou Greatest Hits , tant le disque regorge de succès et de classiques.  La sortie de ce disque allait révolutionner la musique et l'approche de la guitare pour des générations à venir.

Pour son premier album, Hendrix en met plein la vue. Jimi s'amuse beaucoup et ça paraît.  Ses prouesses techniques vont en ébahir plus d'un et même, en décourager certains.  Ce fut le cas de Pete Townshend des Who et d'Eric Clapton qui se voyaient déjà au chômage tellement les talents de Hendrix étaient éblouissants par rapport aux leurs.  Non pas que ces derniers étaient des deux de pique.  Seulement que des musiciens comme Hendrix on en voit apparaître à peu près un à tous les siècles.

Are You Experienced?   restera à jamais l'album de Hendrix le plus spectaculaire, bien que les trois autres qu'il sortit de son vivant sont tous considérés comme des chefs-d'oeuvre.

Des titres?  Hey Joe , Foxey Lady , Fire , The Wind Cries Mary et Manic Depression ...

Dès les premières notes de Purple Haze (qui ouvre l'album), l'auditeur est accroché.  Hendrix nous convie à un véritable feu d'artifice sonore.  Hendrix réinvente le rock et nous avons le choix ou non de prendre le train en marche.

Malgré toutes ses prouesses pyrotechniques, il est à peu près impossible de passer à  côté de son incroyable talent de parolier.  Hendrix est aussi doué que Bob Dylan de ce côté-là.  De plus, son sens de l'humour est assez exceptionnel.  Des pièces comme Third Stone From The Sun  ou Fire  captivent l'auditeur par leur côté joyeusement absurde et cynique.  Jimi ne se prend pas au sérieux contrairement au reste du monde qui est obnubilé par ce qu'il peut faire.

La seule chanson sérieuse de l'album est May This Be Love .  Même aujourd'hui cette chanson sonne très contemporaine. C'est là où on peut apprécier le côté intemporel de cet artiste.  La mélodie y est extraordinaire et très touchante.

La pièce qui donne son titre à l'album, Are You Experienced?, impressionne par ses innovations.  L'utilisation de bandes passées à l'envers donne un côté irréel à l'ensemble.  L'idée avait été lancée quelques mois auparavant par les Beatles mais Hendrix a poussé le tout plus loin en s'en servant comme base rythmique.  Le débit lent de la voix de Hendrix rehausse le côté psychédélique de ce chef-d'oeuvre.  Cette pièce vient clore ce premier album de l'artiste le plus spectaculaire du siècle.

En trois ans, Hendrix a plus fait pour la musique qu'aucun autre de ses contemporains l'ont fait en une vie entière.  On peut facilement comparer et sans aucune gêne Hendrix à des génies comme Mozart ou Beethoven.   Sans les Beatles ou Hendrix, la musique ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.

Strange Days (1967)

The Doors

Pochette de l'album Strange Days

Il est évident aujourd'hui que Jim Morrison a contribué à rendre le rock intelligent et à en faire une forme d'art légitime.  Avant que les Doors ne débarquent en 1967, le rock était très peu cérébral.  Les textes étaient insipides et ne parlaient que de relations amoureuses superficielles entre les garçons et les filles.  Le rock était incroyablement juvénile, ne s'adressant qu'à un public d'enfants et d'adolescents.  Morrison va lui donner une nouvelle orientation théâtrale avec sa poésie noire, inspirée par les drogues et les philosophes du 20ème siècle comme Aldous Huxley et des écrivains comme Antonin Artaud.

Le premier album éponyme des Doors, sorti au début de 67, avait été un énorme succès.  Ceci était surtout dû à la présence sur le disque de la chanson Light My Fire, une composition du guitariste Robbie Krieger.  Le 45 tours se rendit jusqu'à la première position des palmarès américains, ce qui leur assura une participation au Ed Sullivan Show.  Avec autant de visibilité, le groupe avait de bonnes chances que leur deuxième album ne passe pas inaperçu, surtout avec une personnalité aussi forte que Morrison à la barre du groupe.

Le groupe avait déjà commencé à développer leur imagerie singulière sur le premier disque (notamment avec la chanson The End, un long poème œdipien qui fit scandale à sa sortie), mais il explosa littéralement avec le deuxième.  Strange Days  reprenait un peu le concept du disque éponyme, mais en mieux.  L'album regorge littéralement de classiques : Love Me Two Times, People Are Strange, Moonlight Drive, You're Lost Little Girl, Strange Days et, surtout, When The Music's Over, que le guitariste Robbie Krieger continue à considérer comme la pièce maîtresse du groupe.

La production de l'album est impeccable.  On dirait que l'album a été enregistré l'année dernière tellement le son est actuel.  Côté musical, comme pour tous les albums des Doors, l'ensemble est solide. La voix de Morrison y est puissante et excellente d'un bout à l'autre, contrairement aux albums qui suivront par la suite.

Strange Days  est l'album des Doors à se procurer parce qu'il nous montre le groupe à son apogée.  Un groupe de rock incontournable du vingtième siècle.

The Beatles (The White Album) (1968)

The Beatles

pochette de l'album white

Après les aventures psychédéliques de Sgt. Pepper's et de Magical Mystery Tour , période riche en couleurs pour les Beatles, ce disque parut un peu fade à sa sortie en novembre 1968.  Bien à tort d'ailleurs puisque jamais auparavant le groupe n'avait été aussi inspiré et polyvalent. Il faut dire que c'était en plein le temps d'enregistrer un album double puisque le groupe avait composé un grand nombre de chansons lors de leur séjour en Inde au début de l'année chez le Maharashi.  Ce fut probablement le seul côté positif de ce voyage d'ailleurs.  Les Beatles avaient un peu le moral à zéro quand ils se sont rendus à Rishikesh.  Ils avaient été fortement éprouvés quelque temps auparavant par le décès de leur gérant et ami, Brian Epstein.  Les quatre hommes se retrouvaient seuls pour la première fois pour diriger leur carrière.  Leur premier geste fut de mettre sur pied l'organisation Apple afin de gérer leurs avoirs.  Malheureusement pour eux, aucun des quatre garçons n'avait la bosse des affaires.  Les Beatles se sont donc retrouvés rapidement avec des problèmes financiers importants.  C'est dans ces conditions que fut enregistré l' Album blanc .

Avec ce disque, le quatuor voulait montrer sa grande diversité musicale.  On retrouve de tout sur cet album : des chansons acoustiques, du rock aux limites du métal, du blues, des ballades et du country.  C'est cette variété qui fait d'ailleurs la richesse de l'album.  Toutefois, c'est cette même variété qui a tant déplu à certaines personnes. 

Il faut ajouter que c'est à ce moment-là aussi que chacun des musiciens avait commencé à prendre ses distances vis-à-vis des autres.  Sur l'Album blanc, chaque Beatle agit comme s'il enregistrait en solo et que les trois autres étaient seulement ses accompagnateurs.  Cette atmosphère n'était évidemment pas idéale pour enregistrer.  Néanmoins, elle a contribuée à ce que le groupe nous offre un des plus grands albums de la fin des années 60.

L' Album blanc renferme des titres incontournables comme : Helter Skelter , While My Guitar Gently Weeps , Blackbird , Birthday , Yer Blues , Cry Baby Cry , Mother Nature's Son , Back In The U.S.S.R . et Dear Prudence .  Évidemment le disque renferme aussi des trucs aussi insipides que Ob-La-Di, Ob-La-Da (probablement la pire chanson jamais enregistrée par le Fab Four) et aussi une expérience sonore discutable ( Revolution 9 ), mais l'ensemble demeure trop intéressant pour qu'on fasse grand cas de ces quelques faux pas.

Comme tous les disques précédents des Beatles, l' Album blanc remporta beaucoup de succès.  Avec le recul, il faut avouer que cet album (pourtant accueilli avec réserve en 68) demeure certes une de leurs plus brillantes réalisations.

Led Zeppelin (1969)

Led Zeppelin

pochette de l'album Led Zeppelin

Ozzy Ozbourne a déjà dit que la sortie de cet album avait apporté un véritable vent de fraîcheur dont la musique à l'époque avait définitivement bien besoin.  Il est vrai que cet album tranchait d'avec toutes les production fleuries et peace & love   qui dominaient le marché du rock de la fin des années 60.  C'est en mars 69 que Jimi Page et ses compères débarquent avec leur Blues électrique gonflé aux stéroïdes.  Jamais on avait entendu un son aussi puissant et aussi méchant.  Les pauvres hippies de l'Ère du Verseau avaient l'impression d'assister au débarquement des troupes de Gengis Khan en entendant ce premier effort de Led Zep.

Avec cet album, le monde découvrait le heavy metal .  Au cours des décennies suivantes, le groupe va devenir l'archétype même de ce genre musical. La batterie ultra assourdissante, les guitares décapantes, les voix suraiguës et la basse vrombissante de Led Zeppelin vont servir de référence pour des millions de groupes clones en mal de gloire.

Les longues années d'expérience de Jimi Page en tant que guitariste de studio s'étaient avérées très profitables pour le quatuor qui a bénéficié d'une production d'enfer.  La supériorité sonore stupéfiante du groupe par rapport aux autres formations de l'époque y a été pour beaucoup dans le succès que le groupe a rencontré dès le départ.

Il faut dire que jusque-là, les productions rock avaient souffert de leur pauvreté, autant en Amérique qu'en Angleterre.  La plupart des ingénieurs de son et des producteurs des années 50 et 60 étaient des vieillards peu intéressés ou totalement hostiles à la musique rock.  Les résultats étaient par conséquent toujours moyens ou médiocres.  La puissance que les groupes de rock dégageaient en spectacle n'avait jamais pu être reproduite sur vinyle pour cette raison entre autres.

Lorsque Led Zeppelin entre en studio pour la première fois, Jimi Page sait exactement ce qu'il veut.  Il connaît tous les moyens techniques qu'il doit employer pour obtenir les résultats qu'il désire.  Son expertise et son expérience des studios d'enregistrements vont s'avérer déterminantes pour le son d'ensemble du groupe.  Page expérimente avec la disposition des micros dans la cabine d'enregistrement, recréant pour l'auditeur une perception dimensionnelle unique.  Le son de la batterie en particulier va être très réussi.

Good times, Bad times , qui ouvre l'album, met en évidence la batterie de Bonham.  Les roulements de bass drum  surtout impressionnent l'auditeur.  Toutefois, et c'est là que le talent de Bonham réside, il faut savoir qu'il n'utilisait à ce moment-là qu'une seule pédale de bass drum (donc un seul pied) afin d'effectuer les prouesses incroyables dont il gratifie le morceau.  Déjà là, il faut reconnaître qu'il s'agit d'un exploit à peu près surhumain.  Jimi Page tricote autour de la section rythmique une partition unique qui continue encore de nos jours à ébahir les musiciens.

Babe, I'm Gonna Leave You   fut l'ancêtre de Stairway To Heaven .  La chanson commence sur une séquence douce pour se muter en une véritable power ballad extrêmement lourde.  Cette chanson allait servir de référence pour toutes les ballades «mélo» des années 80 et 90 du genre corporate rock .  Ce type de chanson fut repris des milliers de fois depuis.

Avec la troisième chanson, Led Zeppelin montre ses véritables couleurs.  La reprise de You Shook Me de Willie Dixon surprend par sa puissance.  La voix de Plant en particulier y est prédominante.  Plant jette les bases de ce qui va par la suite devenir la  référence en fait de présence vocale.  Au début des années 70, tous les chanteurs rock se tournaient vers Plant afin d'avoir une idée sur ce qu'il fallait faire afin de rendre une chanson dans le style heavy .  Les influences du groupe sont apparentes : du blues trempé dans la sauce rock.  Ils poussent à fond ce que les Yardbirds et Cream avaient commencé à exploiter quelques années auparavant.  Les résultats sont brillants.

Dazed and Confused va rester à jamais la pièce maîtresse du disque.  Led Zep va devoir la jouer à chacun de leurs spectacles pendant quelques années.  L'utilisation de l'archet de violon sur la guitare de Page va devenir sa marque de commerce (un peu comme la double neck ).  Le groupe exploite son côté psychédélique.  Souvent, le groupe va jammer   sur cette chanson en concert pendant 30 ou 45 minutes.  Dazed & Confused   va devenir le véhicule parfait de l'inspiration du groupe.

Your Time Is Gonna Come qui ouvre le côté deux est différente du reste de l'album.  Orgue prédominant et voix traînante caractérisent cette pièce.  Pour cette pièce, et contrairement au reste de l'album, Page s'efface un peu. Pourtant, en tant que producteur, Page se surpasse cette fois-là.  il s'agit peut-être de la chanson la plus mélodique de l'album à part Babe,I'm Gonna Leave You .  Une réussite totale. Avec Black Mountain Side Page nous démontre son savoir-faire.  Son utilisation de l' open tuning  va faire des petits assez vite dans le rock.  Cette pièce a surtout eu un impact au début des années 90 avec le mouvement grunge.  Soungarden en particulier a beaucoup emprunté à Led Zeppelin.  Contrairement à ses contemporains, Page prouve que la vie ne s'est pas arrêtée avec Jimi Hendrix.  Page nous montre pour la première fois qu'il est un des meilleurs guitaristes de rock du siècle.

La partition de guitare de Communication Breakdown a fait école.  Combien de fois ai-je pu entendre le même riff  de guitare reprit de façon plus ou moins heureuse?  Au moins 1000 fois!  Le solo de guitare a inspiré des milliers de musiciens.  Cette petite chanson de 2:30 a engendré des millions de clones. Les musiciens des années 80 (surtout) ont surexploité ce petit bijou de façon exagéré.  C'est assez fascinant de voir à quel point ce petit riff  a pu avoir un tel impact sur une décennie complète.

I Can't Quit You Baby de Willie Dixon (encore une fois) va nous ramener vers les racines de Led Zeppelin.  Tout le côté flamboyant du groupe ressort.  Chaque musicien s'y met en valeur.  Encore là, il s'agit d'une grande réussite. How Many More Times vient clore l'album avec brio.  Ce riff  de guitare puissant vient compléter cet album parfait.  Metallica a repris cette chanson pendant des années en concert.  C'est probablement la chanson qui m'a le plus marqué du disque.  Le délire psychédélique est tout à fait hallucinant.

Led Zeppelin avaient tout pour réussir : la musique, le professionnalisme, l'attitude et le talent.  Ils ont rempli toutes les promesses.  C'est pour cette raison que le quatuor a été le plus grand groupe des années 70.  Encore aujourd'hui, les gens continuent à les écouter et à apprécier leur musique.

Let It Bleed (1969)

The Rolling Stones

pochette de l'album Let It Bleed

Entre 1966 et 1972, les Rolling Stones ont connu une période d'inspiration et de créativité intense.  On peut considérer aujourd'hui que cette partie de leur carrière (de l'album Between The Buttons  à Exile On Main Street ) a été la plus intéressante.  Ils ont d'abord touché au psychédélisme avec Between The Buttons et Their Satanic Majesty's Request   avant de retourner à leurs racines et au blues avec Beggar's Banquet .

Let It Bleed   était le successeur de Beggar's .  Ces deux disques furent enregistrés dans des conditions difficiles puisque le groupe se préparait à mettre à la porte Brian Jones, un des membres fondateur des Stones.  Il était devenu impossible pour le groupe de continuer à travailler avec Jones qui avait un comportement singulier et déplaisant dû entre autres à ses problèmes de drogues grandissants.  Parfois, Jones refusait même de donner des concerts avec eux.  Sur les deux derniers albums des Stones, Jones ne jouait à peu près pas, laissant toute la place à Keith Richards qui nous offrait là son meilleur travail.  Pour le huitième album des Stones, on fit appel à Mick Taylor, un guitariste exceptionnel qui avait auparavant joué avec John Mayall.

Le résultat fut Let It Bleed , un des albums les plus réussis des Stones.  Même la pochette était particulière et donnait le goût aux gens d'acheter le disque.  On pourrait passer rester longtemps à tenter de saisir le sens de la photo et ne pas être plus avancé qu'au début sur la signification de cet étrange plat.

Le disque contient certaines des chansons les plus connues des Stones comme : Gimme Shelter , Midnight Rambler , Monkey Man , la pièce titre et la magistrale You Can't Always Get What You Want qui termine l'album.  Mais on y retrouve aussi des petits bijoux comme Live With Me et You Got The Silver , chantée par Keith Richards. Une fois de plus, il s'agissait d'un album aventureux pour les Rolling Stones qui mettaient à nouveau la main à la pâte afin de redéfinir le rock de la fin des années 60.  Un des grands crus de 1969, année souvent considérée par les amateurs de musique comme la plus riche de l'histoire du rock.