Chapitre 9

-                     C’est ce qu’il fallait faire, crois moi ! Dans ce cas-là, c’est ce que tu devais précisément faire.

-                     Ah ! C’était très… lâche !

-                     Mais c’était important.

-                     Je pouvais facilement achever ma mission et partir après, qu’y avait-il de différent cette fois-ci ?

-                     Ah ! Cette fois, on l’a échappé belle.

-                     Quoi ?

-                     Mon Dieu ! Sam & Satan était un policier !

-                     Et alors ? C’est pour ça que tu m’as demandé de fuir à la hâte ?

-                     Les salopards ! Ils étaient venus pour t’arrêter.

-                     M’arrêter, moi ! Pourquoi ?

-                     Ils sont rongés par la jalousie c’est tout. Ils ne veulent pas que quelqu’un fasse mieux qu’eux, leur sale boulot.

-                     Je ne comprends pas un mot de ton délire.

-                     Une fois la cage fermée, Sam & Satan allait te lire tes droits, te menotter ou je ne sais quoi encore ! Mais on a été mille fois plus rapide. Les démasquer avant qu’ils ne nous démasquent, ça, c’était très fort ! La chance est avec toi rockatcheur, tu as le meilleur manager pour te soutenir… même le plus grand de tous les temps. Ah ! Tu peux être fier de moi. Je suis aussi très satisfait de toi, mon grand Malakalmauth !

-                     Sven, appelles moi seulement Sven ! Je n’ai jamais aimé ce nom.

-                     Il ne fallait surtout pas tuer un flic, ça compromettait gravement nos agissements ! C’était un piège ! Non, vraiment, on a été parfait ! Déclarer forfait était une très sage décision.

-                     Comment savais-tu que c’était un poulet ?

-                     J’ai soixante-treize ans, mais moi aussi je connais internet. Le piratage informatique était mon plus grand cauchemar à l’époque où j’étais dans la production de disques, mais maintenant c’est fini, ça me rend énormément service, et c’est essentiel dans ce que nous entreprenons.

-                     Du catch ! J’espère que c’est seulement du catch, car je ne sais pas ce que tu… entreprends. Au départ, je voulais seulement jouer du rock et regardes ce que je suis devenu maintenant !

-                     Ce que tu es maintenant ? Tu es le catcheur le plus connu du monde ! On s’est même débrouillé pour que tu puisses chanter et c’est d’ailleurs grâce à ça que ta célébrité a tellement grandi, en si peu de temps. Dans ton patelin norvégien, qui pouvait s’intéresser au pauvre chasseur romantique que tu es ? Il fallait utiliser ton vrai talent : ton impressionnante force physique ! Tu cognes sur les hommes mieux que sur une batterie…

-                     Mais, je jouais de la guitare, moi !

-                     Tu étais nul sur la guitare. Tu n’étais pas plus fort en anglais, et jamais je n’aurais dû faire confiance à cette sorcière qui t’a présenté à moi.

-                     Anunciata n’a rien à voir dans cette histoire, c’est toi l’esclavagiste manipulateur ici ! Avoue, combien as-tu gagné d’argent sur mon dos ? Laisse tomber, je ne combattrai plus, je me barre d’ici, immédiatement.

-                     L’argent ? Tout l’argent est sur un compte secret en ton nom, tu le sais bien. Mais pour des raisons de sécurité…

-                     Des raisons, quelles raisons ? Depuis tout à l’heure tu me parles d’arrestation et de police. On dirait que tu essaies de me faire peur…

-                     Calme-toi ! Je vais tout expliquer, tu as le droit de savoir finalement…

-                     Fait vite, car je risque de pisser dans mon froc !

-                     Consul G vendait des jeunes filles kidnappées dans l’Europe de l’Est, Salamandra avait des laboratoires de faux vaccins destinés aux enfants du tiers monde, Vampira dilait de la drogue à très haut niveau, Emilio Zagriass était un pédophile impuni…

-                     Arrête… Arrête… Arrête ! Mais pour qui tu te prends ? Ce n’est pas à toi de rendre la justice.

-                     … et la liste est très longue !

-                     Vincent, il est grand temps que tu te fasses soigner. Moi j’ai assez donné, ça y est, j’arrête !

-                     Attends ! Ils sont passés au travers des filets de l’institution pénale. Le système est pourri jusqu’à la moelle ! Finalement, ça tombait bien pour nous, il fallait trouver des adversaires à sacrifier, pourquoi ne pas en profiter pour leurs régler leurs comptes une bonne fois pour toutes ; et légalement mon ami, légalement !

-                     Donc, tu te renseignes sur chaque candidat, tu fouilles dans leur passé et tu me les donnes en sachant qu’ils vont certainement y rester. Efficace ! Malheureusement, tous les méchants de ce monde ne sont pas catcheurs, n'est-ce pas ?

-                     Remarque que c’est quand même plus intéressant de joindre l’utile à l’agréable. Et de savoir que Malakalmauth ne tue pas à tors et à travers c’est moins pesant pour la conscience, non, tu n’es pas d’accord ? Tu voulais peut être  seulement…

-                     Qu'est-ce que tu en savais de ce que je voulais ? Et pourquoi je ne devais rien savoir de tout ça ? Pour rester un simple pion dans tes foutus plans démoniaques ?

 

-                     Rien à faire alors ! S’écria l’inspecteur en chef devant une assemblée constituée des clubs des sept plus la rousse, de quelques hommes politiques et de trente-trois policiers de la brigade d’intervention revenant à l’instant du Jardin Brulé.

-                     Nous avons une taupe parmi nous, parait-il ! Sinon, comment cet animal pouvait-il savoir qu’on allait l’arrêter ? On n’a tout de même pas affaire à un magicien-sorcier ! Ajouta le monsieur aux grosses moustaches.

Il s’était mis dans tous ses états, et desserra d’un geste nerveux le nœud de sa cravate.

-                     Et où a-t-il bien pu aller se planquer ce vaurien ? Non d’un chien, vous étiez tous là, et aucun d’entre vous n’a su le coincer ! Veuillez disposer ! » Ordonna-t-il aux hommes en uniformes qui quittèrent aussitôt la salle comme une bande d’écoliers bien disciplinés.

-                     Madame Catcher, ta coopération était… Voulut enchainer le chef de la police avant d’être promptement coupé par cette dernière.

-                     Tu nous as fait perdre la face devant nos contribuables ! Grâce à toi, ce sport a été inutilement bafoué une fois de plus ! Tu t’es moqué de nous en nous obligeant à prendre en main la désignation de l’adversaire de Malakalmauth pour nous imposer ensuite un Sam & Satan que personne ne connaissait. Ma coopération et celle de mes collègues ici présents prend fin. Nous sommes maintenant dans l’obligeance de sortir tout cela au grand jour et d’en informer la presse, affirma la rousse en se levant pour sortir en devançant les autres membres du C7 dans un convoi funéraire émouvant.

Ils partirent en portant sur leurs épaules le cercueil de ce sport qui avait été trop longtemps malingre.

 

-                     Tu n’es pas un simple pion, tu es Malakalmauth ! Malakalmauth est une terrible réalité. Malakalmauth est une belle chanson ! Une force rebelle chevauchant l’étalon de la rédemption devient invincible et sacrée ! Que tous les bandits de cette planète ne pratiquent pas le catch, comme tu me l’as fait remarquer, n’est guère regrettable, car tôt ou tard dans cette chienne de vie, chacun de nous rencontre son propre Malakalmauth. Sur la fesse gauche de ton derrière, il y est inscrit ta date de péremption, cette foutue date limite. L’ange de la mort, ou appelle-le comme bon te semble, viendra nous chercher où que nous soyons et il ne fera pas de détails. Il se comporte avec toi selon la manière dont tu t’es comporté avec autrui ou avec toi-même durant ton séjour sur Terre, donc, pour résumer il faudrait…

-                     C’est maintenant que tu as vieilli que tu te préoccupes de la mort, ou est-ce que tu as… toujours été macabre mon cher Vincent ?

-                     Vivre droit pour mourir en paix ! C’est tout.

-                     C’est qui le prochain adversaire ? Et ne me dit pas ce qu’il a fait de mal, car je ne pourrai le tuer qu’une seule fois !

-                     Contente-toi d’être le grand catcheur que tu as toujours été et laisse le reste pour moi. Je m’excuse de ce que je t’ai dit et de ce que j’ai dit à propos d’Anunciata, c’est une femme remarquable. Prends soin d’elle et passe-lui mon bonjour !

 

Une heure passée de quarante-trois minutes, et Karim n’était toujours pas rentré. Dans le noir, allongée sur le canapé du salon, Mlle N était restée éveillée guettant le moindre bruit sur le palier. Elle attendait le souffle coupé les quelques secondes qui pouvaient suffire à quelqu’un sortant de l’ascenseur pour arriver jusqu’à sa porte. Sa déception grandissait en même temps que sa patience diminuait, à chaque bruit de clefs et chaque claquement de porte d’un appartement voisin. Des gens rentraient ou sortaient de chez eux avec tout le raffut possible, comme s’ils étaient les seuls habitants de l’immeuble. Enfin, l’ascenseur s’ouvrit et la voix rock de Karim tira Neipi de sa couette pour aller accueillir son bassiste préféré.

-                     Tu ne vas pas me croire ! Annonça Karim avec tant de stupéfaction et une fougue plus qu’habituelle. Bonsoir chérie ! Reprit-il en l’embrassant sur le front, au seuil de sa porte.

-                     Ca va toi ? Soupira l’Eurasienne en ouvrant la porte qu’elle s’était contentée de fermer à un seul tour de clef pour rejoindre plus rapidement son prince Noir.

-                     Malakalmauth ! Il s’est taillé au tout début du combat ! Tout le monde était en colère et la guerre s’est déclenchée dans…

-                     Oh ! Tu n’as rien mon bébé ? S’alarma Neipi.

-                     Ne t’inquiète pas, je vais très bien et tu sais ? La femme en noir… je l’ai vu encore, mais dehors cette fois… elle… Racontait le Canadien quand il fut coupé par Neipi d’un petit geste de la main voulant dire : « Laisse-moi parler en premier ! J’ai plus important à te dire ».

-                     Quand tu n’étais pas là, le vieil homme m’a appelé, murmura Neipi.

-                     Qui ? Demanda Karim ne voyant pas bien le rapport avec ce qu’il disait.

-                     Vince, souffla l’Eurasienne. Le client aux longues listes de gens sur lesquels je dois enquêter ! Ajouta-t-elle d’une voix très basse.

-                     Qu'est-ce qu’il voulait encore ? S’étonna le bassiste qui commençait à se douter de quelque chose.

-                     Il avait un besoin urgent de se renseigner sur un certain Sam Satan, révéla Mlle N en tournant la tête vers son ordinateur. Et comme tout le monde, j’ai suivi la transmission du combat, c’était sur internet, précisa-t-elle. Il doit y avoir un rapport, j’en suis presque certaine, entre mes recherches et ce qui s’est passé ! affirma la hacker.

-                     Sam & Satan ! Tu es sûre de ce que tu avances ? Se fustigea Karim.

-                     Je ne crois pas que Malakalmauth et ce vieux Vince soit la même personne, mais il est fort possible qu’il soit son entraineur, son manager ou bien quelqu’un de son entourage ! Certifia Neipi.

-                     Et… c’était quoi… qu’est ce que tu as déniché à propos de ce Sam & Satan qui ait pu pousser Malak à jeter l’éponge ? Lui demanda Karim en s’approchant du processeur.

Lui tournant le dos, il la supplia :

-                     Aide-moi, s’il te plaît à résoudre ces mystères à propos de Malakalmauth, car depuis que je l’ai connu, ma vie s’est arrêtée.

-                     Et bien, Arrigo Peki est un jeune policier d’origine italienne. Il n’a été nationalisé qu’en…, détaillait Neipi avant d’être interrompue.

-                     Quoi ! Ce crétin était un policier ? Cria Karim complètement stupéfié. Ça, c’est la meilleure ! Ajouta-t-il en claquant des mains.

-                     Un policier peut faire du catch comme un tout autre sport, quel est le problème ? Demanda Neipi avec une fausse naïveté.

-                     Tu ne sais pas que Malakalmauth s’évapore toujours à la fin de ses combats ! Mais c’est vrai là, c’était différent, c’était avant de combattre, pensa Karim à haute voix.

-                     Donc, ce qui l’a poussé à prendre la fuite c’est les flics ! Il a peur des flics ton rockatcheur, c’est ça ! Résuma Neipi.

-                     Tu crois qu’il a la police aux trousses, mais pourquoi ? Demanda Karim alors qu’il n’avait pas besoin de réponse puisqu’il savait très bien l’effort que faisait Malakalmauth pour quitter le ring sans être intercepté.

-                     Ou… ou alors c’est autre chose je ne sais pas ! Réfléchissons un peu ! Maintenant que nous avons compris qu’il y avait bien un lien entre Vince et Malakalmauth. Faisons un petit retour en arrière…

-                     Ce doit être dans les premières listes de Vince ! Allons-y ! S’enthousiasma le fan de Malakalmauth.

-                     Voyons voir ! Le premier contacte avec cet homme… ça y est ! Son premier mail remonte à septembre de l’année dernière. La première liste date du 11 novembre. Regarde sa longueur ! Quarante-sept personnes et j’en ai encore trois autres comme ça, invita Mlle N en ouvrant des fichiers cachés sur son disque dur.

-                     Procédons par élimination, tu vas me dire, hein ! C’est interminable et puis… qui est-ce qu’on va éliminer d’abord ? Dit Karim en bâillant.

-                     Mon chéri tu connais tous les adversaires de l’ange de la mort alors on va seulement suivre le travail de Vince, car lui, il s’était déjà occupé de l’élimination, le rassura Neipi.

-                     Alors, c’est parti pour une nuit blanche ! Tu nous mets de la musique et c’est moi qui vais te lire sur l’écran, d’accord ? Proposa le bassiste.

-                     Je voudrai bien un grand verre de lait frais au sirop d’érable et de la crème glacée parfumée à la réglisse, que j’ai préparée tout à l’heure spécialement pour mon prince Noir, avant de commencer l’opération Bas Les Masques et toi ? Invita la jolie hacker au magnifique sourire.

-                     Je vais les chercher, bondit Karim. Je t’aime ma demoiselle  N, Cria t-il d’une voix black empruntée au rockatcheur

-                     Pour la musique, je… Voilà ! Ma playlist : «We’re in this together» des Nine Inch Nails, «Fortune faded» des Red Hot Chili Peppers, «Black hole sun» de Soundgarden, «Losing my religion» de REM, «Smells like teen spirit» de Nirvana, «Hooker with a penis» de Tool, «It’s not over» de Daughtry, «Wherever you will go» de The Calling, «Bulls on parade» des Rage Against The Machine, «Sing» de Travis, «How soon is now» de The Smiths…, citait le logiciel de vocalisation.

-                     Waouh ! c’est interminable, commenta le bassiste quand il vit défiler les nombreux titres de la compilation. On ne va pas s’ennuyer ça c’est sûr, ajouta-t-il avec un enthousiasme inégalé.

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    jean-philippe (jeudi, 21 janvier 2010 14:17)

    a quand la suite....

  • #2

    Hakima (mercredi, 09 mars 2011 10:10)

    Les dialogues sont bien écrits! On ne peut plus décrocher!