Chapitre 6

Neipi était encore dans son lit bien au chaud sous sa couette ce dimanche matin, quand elle entendit frapper tout doucement à sa porte. Elle s’envola tel un petit papillon se dégageant de son cocon soyeux pour aller voir, qui cela pouvait-il bien être. Il était encore tôt, mais elle avait bien identifié la nature du bruit.

-                     Qui est là ! Demanda-t-elle derrière sa porte.

-                     C’est moi ! Karim, répondit-il d’une petite voix.

-                     Karim ! Ça va ? S’exclama la jeune fille en ouvrant sa porte, elle avait tout de suite reconnu le fort accent canadien du jeune homme.

-                     Ça va, c’est juste que j’ai passé la nuit dehors, alors j’ai frappé dès que le jour s’est levé. Excuse-moi..., je vais…

-                     Entre ! Dis-moi qu’est ce qu’il y a ! … je te sers quelque chose, un café ? ... Tu veux dormir ? … fais comme chez toi ! Invita Neipi.

Son merveilleux sourire débarrassa son amoureux de tout le poids qui pesait sur ses épaules.

-                     Je n’ai plus rien à faire aux USA, j’ai fini par comprendre que Malakalmauth n’était qu’un héros mythologique, ironisa Karim. J’ai claqué tout mon argent pour m’en rendre compte. Il me reste juste de quoi rentrer chez moi. Ce soir, je ne pourrais même pas tenir ma promesse et t’emmener au concert, conclu-il en baissant la tête.

-                     Et si je t’invitais, moi, au concert ? Hein ! Qu'est-ce que tu en penses ?

-                     Ce n’est pas la peine. Je dois partir pour m’occuper de ma mère malade, je n’aurais pas dû la laisser aussi longtemps toute seule, s’excusa le bassiste. Mais pour me faire pardonner, ajouta-t-il, j’ai un cadeau pour toi : les deux meilleurs concerts acoustiques que je connaisse. Les « Unplugged » de Bryan Adams et d’Alanis Morissette, dit-il en déposant deux pochettes de CD dans les mains ouvertes de la jeune fille.

-                     Les deux sont canadiens, merci ! Rit-elle.

Neipi examina ces cadeaux inattendus, les tourna entre ces mains puis alla les exposer près de sa chaine Hifi. 

-                     Moi aussi, je vais te trouver un album que tu aimeras surement beaucoup, toi qui préfères le métal, dit la séduisante créature en posant directement la main sur le CD en question au milieu d’une belle rangée de boitiers. Prends ! Ordonna-t-elle.

-                     « White pony » Deftones, lu Karim intrigué, ça doit être bien, tu es un ange, murmura-t-il.

Neipi laissa planer un silence, prit le temps de remettre ses cheveux soyeux en arrière, dans une chorégraphie de théâtre d’ombres.

-                     Je t’ai fait une recherche sur internet, reprit-elle dans un nouvel élan, le site web de Malakalmauth est géré par de grands Hackers en Inde et il est presque impossible de le pénétrer, mais du côté des hackers ennemis on jure que le catcheur est d’origine scandinave. Le nom Malakalmauth tiré de l’arabe est composé des mots : Malak qui veut dire ange et Almauth équivalant de la mort, récitait passionnément Neipi.

-                     Malak Almauth : L’ange de la mort ! répéta Karim pensivement. Dis-moi Neipi, j’aimerais te présenter à ma maman ? C’est une dame très, très gentille. Elle va t’adorer c’est sûr. … viens avec moi, supplia Karim en lui tenant les mains.

-                     Comme si je pouvais te dire non ! J’allais même te proposer de rester chez moi pour que tu ne partes pas, pour que tu ne me laisses pas…, dit-elle les larmes aux yeux en se jetant dans les bras du Canadien.

-                     Je ne comptais pas te laisser, jamais je ne te laisserai. Je t’aime, lui souffla Karim dans l’oreille en la serrant très fort.

-                     Je t’aime aussi, dit-elle à son tour.

 

Neipi et Karim étaient pressés de partir. Ils prirent le premier bus qui passait, ils étaient si heureux ensemble. Ils s’échangeaient des petits mots doux, des petits gestes, ils se complétaient et s’aimaient, ça crevait les yeux.

Au début de leur relation, Neipi s’était confié à Karim, elle lui avait expliqué son handicap. Elle l’avait tout d’abord mis dans l’ambiance avec délicatesse en lui faisant écouter le duo Björk et Tom York sur la bande originale du film « Dancer in the dark ». Il l’avait écouté avec attention sans la couper, sans la juger et sans la prendre en pitié, il s’avait qu’elle était plus forte que lui. Quand elle eu fini il la prit tendrement dans ses bras et lui souffla à l’oreille : « tu es le cadeau le plus parfait que je n’ai jamais eu. »

Une autre fois, alors qu’ils se promenaient dans un parc, elle lui fit par de son malaise face à toute la splendeur que pouvait offrir la nature, cette sensation d’avoir était exclus de ce spectacle magique la plongeait dans une mélancolie sans fin. L’intrépide Karim, ne pouvant laisser souffrir sa princesse une minute de plus, grimpa dans un arbre pour y cueillir un oiseau dans son nid. C’était la première fois que Neipi touchait un oisillon, sa main tremblait en caressant la bête dont elle ne connaissait que le chant sublime.

 

Tout au long du voyage, la bande musicale fut assurée en direct par un jeune guitariste-interprète. Il était installé sur la banquette arrière, son micro et sa guitare branchés aux enceintes de l’autobus. Les morceaux étaient joués suivant le choix des passagers dans les limites du répertoire du talentueux musicien. Neipi et Karim choisirent successivement « Black balloon » des Goo Goo Dolls et « Diamonds on the inside » de Ben Harper. L’animation dans cette compagnie de transport était des plus agréables et semblait plaire à tout le monde. L’ambiance était à son comble au moment où l’on avait obligé des voyageurs trop timides à chanter des chansons très connues comme « Nothing eles matters »de Metallica, ou « Hotel California » des Eagles et tout le monde s’était mis à rire, quand une fillette âgée de seulement cinq ans avait interprété « Pretty woman » de Elvis Presley.

 

Deux jours et une nuit de voyage passèrent très vite, sans incident, comme si l’État du Canada s’empressait d’accueillir tout ce beau monde. Le bus entrait enfin dans la gare. 

-                     Nous y sommes, annonça Karim. Ma maison n’est pas très loin, on pourra s’y rendre à pied, c’est à quelques pâtés de maisons, ajouta-t-il.

La jolie Neipi s’était mise debout, elle enfila rapidement son manteau grenat pour se laisser guider par son valeureux chevalier qui s’était déjà emparé des sacs. Leurs chaussures s’enfoncèrent un peu dans la neige fraiche, et à chaque pas on entendait un petit crissement. Ils marchaient ainsi au ralenti le long des parkings silencieux, comme deux oiseaux à la recherche d’un petit reste de nourriture.

 

-                     Marina ! Cria Karim devant un grand parapet en bois

-                     Tu appelles ta mère par son prénom ? S’étonna Neipi

-                     Elle a des difficultés à entendre, se justifia le jeune homme. Marina ! Cria-t-il plus fort encore.

-                     C’est toi Krimo ? Demanda une femme en sortant de chez elle.

Sa mère était belle, bien soignée, et on pouvait même lui donner trente-neuf ans.

-                     Maman, ça va ? Tu as reçu une carte postale des États-Unis ? Interrogea Karim en se précipitant à l’intérieur en poussant Neipi devant lui.

-                     C’est qui cette séduisante jeune fille ?

-                     Reine Marina, ma précieuse mère. Neipi Wesper une lumière qui a anéanti la noirceur de ma malheureuse existence, les présentait Karim l’une à l’autre.

-                     Je suis heureuse de vous connaître Madame, acquiesça Neipi. Karim m’a beaucoup parlé de vous et de toute l’importance que vous avez dans sa vie.

-                     Ah ! Comment te dirais-je ? Installe-toi ma chérie ! Invita Marina. Je te parlerai de mon Krimo des heures entières, mais je ne veux pas lui donner la grosse tête, disait-elle tout bas pour taquiner son fils. Karim est le fruit de mon seul et unique amour. J’étais jeune, avec mes parents on était en vacances au Maroc, et là-bas dans une ville qui s’appelle Marrakech, j’ai connu un merveilleux garçon. Il s’appelait Zakaria, je m’en souviens comme si c’était hier. Il était beau, fort et drôle. On avait passé une semaine inoubliable pleine d’amour et de magie, mais hélas très courte. Ces souvenirs je les ai gardés et je les garderai toujours, ils ont changé le cours de ma vie ! Malheureusement, on n’était pas assez expérimentés et on ignorait les moyens de se réunir. Il était au Maroc et moi j’étais encore mineure. En plus, mes parents ne voulaient pas que je garde le bébé, le seul témoin de notre belle histoire. Alors, j’ai quitté la Russie pour finir mes études au Canada. J’ai été infirmière pendant quinze ans dans ce pays qui m’a ouvert les bras. Aujourd’hui, je suis comblée et fière de mon petit Aboulkassem.

Marina prit ses deux enfants et serra leurs mains dans les siennes. Elle avait apporté un plateau, et leur servait du chocolat chaud accompagné de cheese-cakes.

-                     Et toi ma fille parle moi un peu de toi ? reprit Marina

-                     Je vis toujours là ou j’ai vu le jour même si le mot voir est inapproprié dans cette phrase. J’ai vécu toute mon enfance dans un orphelinat, c’était clair, personne ne voulait d’une petite fille aveugle. Alors, j’ai attendu mes dix-huit ans pour quitter le dernier centre spécialisé qui me prenait en charge, avec mon diplôme dans la poche : Programmateur en informatique, c’est drôle n'est-ce pas ? Pour l’instant, je suis sans emploi, mais je me débrouille assez bien pour gagner ma vie, conclut-elle avec son fameux sourire.

-                     Ma chérie, tu es très belle…, déclara Marina.

-                     Et super intelligente, ajouta Karim en s’approchant d’elle.

-                     J’espère que vous serez heureux et que vous prendrez soin l’un de l’autre. N'est-ce pas ! Karim occupe toi bien de ta princesse, elle a un cœur en or, dit-elle en donnant à son fils une petite frappe dans le dos

-                     Moi, je prendrai bien soin de Krimo, car c’est lui qui m’a trouvé, il a voulu de moi et il me rend heureuse.

-                     Allez les enfants, allez vous coucher ! vous êtes épuisés, demain on pourra mieux discuter, dit Marina

 

            Il était très matinal ce pic mineur qui martelait un à un les arbres du bois dormant avoisinant la maison dont la cheminée fumait sa première cigarette, Marina était déjà dans sa cuisine. L’odeur du pain grillé s’était tout doucement glissée dans les petites narines de la belle Neipi. Quand on avait malheureusement pris l’habitude de dormir dans les grandes villes avec leurs bruits et leurs pollutions, le calme et le silence retrouvés devenaient apaisants et réparateurs, ainsi quelques heures de sommeil suffisaient pour acquérir le bien-être et le repos nécessaire. La jeune fille s’apprêtait à quitter la chambre d’ami au premier étage, quand la mère de Karim était venue l'accueillir. Elles descendirent les marches ensemble pour rejoindre la salle à manger.

-                     Karim n’est pas là ? S’étonna l’Américaine.

-                     Krimo découpe du bois dehors. Il va venir d’un instant à l’autre, répondit Marina. Je vais lui dire que tu es descendue, ajouta-t-elle.

-                     C’est fou le calme ici ! Il fait tellement bon qu’on se réveille en pleine forme, affirma Neipi.

-                     Je suis très heureuse que vous soyez là tous les deux, disait la maman de son léger accent russe.

-                     Tous les deux ? S’exclama Karim en franchissant la porte d’entrée. Bonjour ! Salua-t-il. J’ai découpé seulement sept brouettes de bois, je pourrais tout finir demain.

-                     En quoi pourrais-je aider moi ? J’aimerais bien faire quelque chose aussi, disait Neipi.

-                     Maman aime bien qu’on lui peigne ses cheveux moi, elle ne me laisse plus le faire, plaisantait Karim.

-                     Tu n’as plus tes mains de petit enfant mon chérie, tu es trop fort pour me peigner les cheveux, dit Marina en riant.

-                     Je le ferais volontiers, disait Neipi en se tournant vers la mère de Karim au moment où son fils était allé chercher un appareil photo.

-                     Il aime rigoler, car je ne me peigne jamais les cheveux et quand il était petit, Krimo avait horreur que je l’emmène à l’école. Il lâchait ma main à des kilomètres pour aller rejoindre ses camarades de classe. « Maman va t’en ! Tu me fais honte ! hurlait-il en s’éloignant », riait Marina jusqu’aux larmes.

-                     Krimo, D’où viens ce surnom ? demanda Neipi.

-                     C’est dans les lettres de son père. Tiens, je vais te les ramener et te les lire une à une, proposa Marina

-                     Un sourire pour la photo ! ordonna Karim. Tchhouck ! C’est parfait !

-                     Vous aimez la musique vous aussi ? Demanda Neipi.

-                     J’adore la musique, et tu sais ? Là d’où je viens, le pays des Moussorgski, Borodine, Tchaïkovski, Rachmaninov et Chostakovitch, on est initié dès notre plus jeune âge à la musique classique. À onze ans, j’avais appris à jouer du violon et au Canada, J’ai aussi appris la guitare, disait Marina.

-                     Si par exemple, on vous offre un voyage : Partir une année en bateau, mais à une seule condition, proposait Neipi.

-                     Te marier à un sosie de Bela Lugosi, plaisanta Karim.

-                     Laquelle ? S’impatienta la Russe avec un peu plus de sérieux.

-                     Partir avec trois albums seulement, expliqua la jolie Eurasienne. C’est pour connaître tes préférés, conclut-elle.

-                     Tabernacle ! Mes trois CD de compagnie seront : « Big ones » des Aerosmith, « Innuendo » de Queen et « Brothers in arms » de Dire Straits.

Elle s’était levée pour débarrasser la table, puis alla chercher une boite remplie de courrier et prit au passage sa guitare accrochée au mur de la salle de séjour.

-                     Mesdames et messieurs ! Marina Aboulkassem va nous jouer en direct, présenta Karim.

-                     « …Dans le noir, toute la nuit » une de mes chansons, elle est dédiée à Neipi Wesper et mon fils Karim :

 

Je t'aime
tu l'aime
il t'aime
elle-même ne comprend rien
je pleure
tu me pleures
il pleut
elle peut s'attacher à moi

J'ai peur de lui faire part
de mes secrets, les plus noirs
que sa pitié affecte notre amitié
et que son amour détale
et je pleure
quand tu pleures
quand il pleut davantage
elle peut dissiper les nuages

Je caresse tes tresses
quand je te prends dans mes bras
j’explore tes rondeurs
quand tu t'assois sur mes genoux
et que tu es en parfait accord avec moi
ça m'excite tes gémissements et tes petits bruits
dans le noir, toute la nuit
tu demeures de bois
à contempler mon art

L’art d'aimer, l'art de t'aimer
ma très chère Guitare.

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Commentaires : 2
  • #1

    jean-philippe (jeudi, 21 janvier 2010 12:35)

    de l'amour... mais que sa mere est gentille

  • #2

    LydiaMcbride28 (lundi, 18 novembre 2013 17:12)

    Cars and houses are not very cheap and not everyone can buy it. But, <a href="http://goodfinance-blog.com">loan</a> are invented to help different people in such kind of hard situations.