Chapitre 2

Hommage à Karim Aboulkassem un grand amateur de black metal

La célébrité des combats de catch et en particulier ceux transmis sur le câble ou par satellite, prenait plus d’ampleur et dépassait la moyenne d’audience accordée généralement à ce genre de sport non olympique. Parmi la multitude de fidèles au site web, partout dans le pays et même au-delà des frontières, il y avait un jeune homme fasciné par la star Malakalmauth, pas comme catcheur, mais comme chanteur cette fois ! En plus de cet enivrement nouveau, son amour pour une certaine musique moins populaire, moins connue et souvent mal interprétée, le poussa à s’attribuer la mission souveraine de défendre, allant même jusqu’à prendre sur lui, tout ce qui pouvait toucher de loin ou de prés à l’image sacrée de son idole. Des journées et des nuits entières ne suffisaient guère à Karim pour chanter, jouer, gesticuler, mimer et rêver de Malakalmauth. Le catcheur-rockeur fort de son charisme et de sa discrétion, munie d’une force surhumaine et d’un surprenant talent artistique, avait poussé notre jeune bassiste de vingt-trois ans originaire du Canada à essayer à tout prix de rencontrer cet effroyable gladiateur. Désormais, nul ne pouvait arrêter Karim Aboulkassem d’assouvir le besoin téméraire d’effleurer le mythe de ses propres mains.

 

            « Comptez sur moi », dit tout bas Karim en levant la main droite devant les posters de Kurt Cobain, de Jimi Hendrix et de Abbath Doom Occulta ainsi que certains autres de divers rocks-stars affichés au mur de sa chambre du grenier. Il tira la fermeture éclair d’un sac qu’il mit sur son dos et n’oublia pas de prendre aussi sa basse dans son bel étui en daim. « Remercie le fossoyeur ! » Hurla-t-il d’une voix caverneuse, en dévalant les escaliers. Son grand gabarit et ses bagages faisaient que son passage de sa chambre vers le jardin à traves le salon et la cuisine ne passait hélas guère inaperçu.

-                     Karim ! Où vas-tu encore ? demanda sa mère d’une petite voix sans insistance, c’est qu’elle savait pertinemment qu’elle n’aurait réponse à sa question.

-                     Reviens avant que je te manque ! murmura-t-elle tendrement.

 

L’intrépide et têtu jeune homme monta sur sa grosse moto, une KTM sang et noire assortie à son blouson et à sa chevelure teintée de rouge. De bien longues distances ont été parcourues par ce duo incassable, mais c’était la première fois qu’il avait un réel objectif personnel : jouer de la basse avec Malakalmauth ! Nombreuses étaient les occasions où notre courageux motard avait dû braver la route vers les villes lointaines où il y avait concerts ou festivals de rock. Il était même déjà allé jusqu’aux États-Unis pour voir les groupes venus d’Europe et d’ailleurs qui dans leurs tournées n’avaient pas programmé le Canada ou qui n’avaient jamais pris la peine de se rendre au pays de l’érable. Même cas pour ce catcheur qui faisait tant parler de lui et qui ne pouvait exercer que sur une terre où l’on pouvait pratiquer ce sport assez singulier où le fait de tuer serait le seul but qui pourrait compter et la mort l’unique dénouement espéré. Justement, ceci constitua un thème ténébreux et macabre propice à ce qu’un chanteur si marginal puisse se forger son image actuelle de héros.

 

            Il est neuf heures du matin. « Demain ! Demain à dix-neuf heures, je serai là-bas, si je roule à cent trente kilomètres à l’heure au minimum et si je me passe de dormir », se disait Karim d’un ton résolut en sortant son baladeur mp3 de la pochette de son sac. Il l’alluma aussitôt qu’il démarra sa moto, « Ace of spades » de Motorhead était la première dans une longue liste de morceaux choisis pour ce long périple. D’autres motards virtuels s’ajoutèrent à cette course contre le temps, Lemmy Kilmister, Max Cavalera et James Hetfield bien sûr, pour se mettre le feu aux veines et mélanger l’adrénaline au carburant. Avoir le billet du prochain combat à la dernière minute était sans doute la cause principale qui avait retardé le départ de Karim. Mais il n’était jamais trop tard ! Nullement impossible d’arriver juste avant vingt-deux heures le lendemain, heure de la transmission directe d’un combat qui d’ailleurs pourrait être le dernier, si Malakalmauth n’en sortait pas gagnant.

 

            Les routes étaient encore couvertes de neige. Le ciel gris projetait une noirceur sur les arbres bordant la voie infréquentée, la rendant sombre et glaciale. En plein hiver, rares étaient les gens qui osaient s’aventurer dans le Grand Nord canadien. Sur sa KTM, Karim avait une seule pensée qui hantait son esprit depuis plusieurs mois, et qui lui faisait oublier, la peur, le froid, la faim et la fatigue. Au milieu de la journée, la forêt fut plongée dans un épais brouillard. « Épaisse fumée noire ! » pesta-t-il en freinant. Il rangea immédiatement sa moto à l’abri d’un immense arbre étouffé par la vapeur de plus en plus dense, le rendant invisible dans toute sa hauteur, il était seulement trahi par l’impressionnant diamètre de son tronc. La pose fut de courte durée, car le chemin n’était encore qu’à ces débuts, et le grand rendez-vous s’approchait à pas de géant.

 

            Les passages obligatoires à la station d’essence, les poursuites des trop bons gendarmes, deux ou trois chutes sans grande conséquence dues au verglas et à l’excès de vitesse, toutes ces péripéties aidèrent Karim à casser le rythme et à surmonter la monotonie de l’interminable parcours. « Maintenant, droit au Funéraréna Club » se disait-il en franchissant enfin la frontière américaine.

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Commentaires : 4
  • #1

    jean-philippe (mardi, 19 janvier 2010 17:03)

    toute la musique, que j'entend, c'est bien!!!

  • #2

    Alice (dimanche, 23 mai 2010 23:19)

    Je lirais tout!

  • #3

    Marta (mardi, 14 juin 2011 18:31)

    Ragazzi questa si che musica,perfetta programmazione!

  • #4

    Lambert21Latisha (mercredi, 06 novembre 2013 20:54)

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