Chapitre 11

L’affaire Sam & Satan avaient poussé Vincent et le staff technique à changer radicalement de tactique et à adopter de nouvelles mesures concernant les prochaines apparitions du rockatcheur. L’opinion publique étant, et cela depuis toujours, en faveur de Malakalmauth, victime de la dernière et spectaculaire tentative de renversement, les télévisions et les sponsors s’étaient tous décidés à renouveler leurs contrats avec le roi du catch à l’exception bien sûre du Jardin Brulé accusé d’être en mèche avec les autorités. Cet édifice avait été remplacé par un autre établissement sportif moins prestigieux, mais suffisamment connu. Il avait notamment accueilli plusieurs manifestations importantes d’arts martiaux et de boxe. Le Soukdlam pouvait contenir tout juste trois mille créatures aliénées, autour d’un ring très ordinaire. Cette salle couverte, uniquement munie des équipements nécessaires et de vestiaires appartenant à l’âge des gladiateurs, plaisait énormément à Vincent qui de plus connaissait bien le propriétaire. De son côté, Namgal Sipsclar n’avait soumis aucune remarque ou condition au duel jusqu’à la mort et semblait impatient d’en finir. Il avait lu et approuvé le fait de perdre son masque et de dévoiler son identité en cas de perte.

 

         Le ciel était très noir ce soir-là ! La lune avait été kidnappée contre une rançon trop élevée : les ravisseurs voulaient absolument l’âme de l’un des deux catcheurs que l’on avait trainés sur le ring.

-                      N’oublie pas de demander pardon avant de crever ! Murmura Malakalmauth à l’oreille de Namgal Sipsclar au moment où l’arbitre leur avait demandé de se rapprocher, quelques secondes avant le coup fatal du début de la rencontre.

-                      Demande-le toi-même ! S’écria Namgal.

Le jeune homme tremblait sur ses jambes et tenait à peine debout. Il agitait inconsciemment les épaules, ses mains vibraient telles des feuilles mortes s’apprêtant à se détacher au prochain coup de vent. Sa nervosité cachait mal la peur qui lui nouait atrocement l’estomac. Calme et serin, l’ange de la mort n’avait lui aucun doute sur le déroulement des secondes avenirs. Il ne songeait apparemment qu’à sa chanson en s’efforçant de ne pas se tromper sur le prochain nombre qui s’inscrirait dans son prestigieux livre d’or. Karim contemplait Malakalmauth, mais pas depuis la salle, cette fois-là ! Quant au rockatcheur, il le fixait pour de bon, pas comme lorsque Karim s’était seulement retrouvé par hasard dans son champ de vision. L’émotion avait été tellement forte qu’elle l’avait profondément ébranlé, mais à présent il se sentait gravement menacé.

 

« Malakalmauth ou Namgal Sipsclar ? Qui est-ce qui nous parlera un tout petit peu plus de lui ce soir ? Qui est-ce qui nous dira son nom, son prénom… ses origines et nous fera le plaisir de nous montrer son visage ? Et c’est parti ! » Annonça le commentateur dépravé de la chaine US-X-US. « Mon Dieu faites que ça dure un peu plus longtemps ! » Priait l’autre de Bloody TV « Aïe ! » S’exprima-t-il d’une voix grave pleine de déceptions quand Malakalmauth envoya violemment Namgal par terre d’un grand coup de pied dans le ventre. Ce dernier ne bougeait plus. Son adversaire ne donnant pas le moindre signe de vie, Malakalmauth lui arracha d’un autre coup de pied son masque en signe de victoire pour que la régis puisse enchainer au plus vite en envoyer la musique aux sonorités métalliques. Les lumières faiblirent, une fumée blanche s’éleva doucement autour du ring et noircit comme de coutume après le fameux couplet tant attendu de la chanson finalement mis à jour :

 

Et dans mon livre d’or. Tu n’es que 330éme

 

-                      Où suis-je ? Mon ventre !

-                      Ferme-la !

-                      Qui êtes-vous ? Un médecin ou… le vrai ange de la mort ?

-                      Je serai ton pire cauchemar si tu ne la boucles pas !

-                      OK, OK !

Le visage boursouflé et la gorge sèche Karim était allongé sur le côté à même le sol, pieds et poings liés. La pièce avait l’air petite, cependant il y faisait tellement sombre qu’il était impossible d’en avoir la certitude. Aussi, le son y semblait étrangement étouffé, on pouvait crier autant que l’on voulait, l’isolation devait empêcher le moindre bruit de parvenir à l’extérieur. Notre catcheur téméraire perdit tout espoir d’évasion, néanmoins il n’était pas mort, du moins pas encore.

-                      À cause d’un petit merdeux comme toi… mais comment tu as osé faire ça putain ! On va te faire payer d’une façon ou d’une autre ne t’inquiètes pas…

-                      Qu'est-ce que j’ai…

-                      Je te l’ai dit de la boucler, t’es pas en position de contester !

Paf ! Armé d’une baguette de bois dans chaque main, le geôlier se mit à frapper alternativement du pied et des mains sur tout le corps du pauvre Karim.

-                      Prends ça ! Bing ! Bang ! Paf ! Ça t’apprendra à fermer ta gueule.

-                      Aie ! ça fait mal, arrêtez !

L’homme termina son solo de batterie corporel avec un demi-tour sur ses talons en heurtant un objet métallique, qui avait tout l’air d’être une cymbale. Maintenant, ça paraissait plus clair pour Karim, il devait se trouvait dans un studio d’enregistrement, ou quelque chose du genre. Cette idée le rassura un peu, il s’approchait finalement de son objectif. Pourtant son agresseur ne lui laisser pas de répit, et la fin de cet entretien si l’on peut dire, restait douteuse.

-                      Petit merdeux ! Cette salope t’a mis sur la liste, ou bien c’est toi qui as chié tout seul ? Je vais t’apprendre à ne plus jamais falsifier de documents.

-                      Ah ! Pitié ! Je n’ai rien fait de mal…, se lamentait Karim pour essayer de gagner du temps.

-                      Ton putain de nom s’est retrouvé tout seul dans la liste des catcheurs ? Tu ne connaitrais pas une certaine Mlle N par hasard ? Tu sais ? Tout le monde t’a vu crever ce soir, toute la planète est convaincue de ta mort lors du combat ! Ta résurrection ne nous arrange pas vraiment, comme tu peux l’imaginer.

Ainsi, les jeux étaient faits et rien n’allait plus pour Karim, mais la partie n’était pas encore perdue et les cartes se dévoilaient une à une. Il fallait tenter un dernier coup.

-                      S’il vous plait, ne me faites pas ça ! Épargnez-moi Vince !

La phrase fut son petit effet. L’homme fit quelques pas en arrière.

-                      Et il connaît mon nom ce con ! Grogna le vieux avant de se saisir de la cymbale pour la balancer sur Karim

-                      Je n’ai plus le choix maintenant ! Boum ! Schliiiiiing !

-                      Non ! Vous avez évoqué Mlle N, c’est pour ça que je vous ai reconnu. Lâchez-moi ! Je n’en peux plus…

-                      On sait bien que tu la connais, car c’est elle qui nous a prévenus à la dernière minute : « Ne lui faites pas de mal ! Namgal est un ami à moi. Il n’a aucun passé criminel » S’affolait-elle avec sa petite voix. Malheureusement, le combat avait déjà commencé et on ne pouvait plus revenir en arrière. J’ai ordonné à Malakalmauth de te mettre K.O. pour que tout le monde te croie mort.

Malgré sa brutalité et sa passion pour le catch, Vince n’avait rien d’un criminel, Karim en avait le pressentiment. Il pouvait donc contre-attaquer.

-                      Mlle N était efficace pour vous tirer d’affaire, n'est-ce pas ? Quand elle vous a prévenu que Sam & Satan était de la brigade criminelle, l’avez-vous suffisamment remercié ? S’il m’arrivait quoi que ce soit, elle serait capable de vous traquer, de vous dénoncer et de vous mettre hors service.

-                      Alors pourquoi tu as fait ça ? Tu n’as pas l’air d’être client au suicide !

-                      Simplement pour rencontrer le Rockatcheur ! Ça fait presque trois ans que je ne rêve que de ça ! Tu es bien placé pour savoir à quel point Malakalmauth est difficile à approcher. Aucune information ne filtre, et le fait d’être spectateur ne m’a rien apporté.

-                      Et tu es allé jusqu’à risquer ta vie ! Tu es complètement inconscient ! Quand imaginais-tu pouvoir lui parler, avant ou après ta mort ?

-                      Vraiment, c’était le seul moyen…, et puis vous savez ce n’est pas tout, ces trois ans, ça m’a permis de bien perfectionner mon jeu de basse pour la chanson « Et dans mon livre d’or ». Vous comprenez…moi je ne voulais pas me bagarrer avec Malakalmauth.

-                      Je n’ai pas bien saisi… rappelle-moi ce que tu voulais au juste !

-                      Une basse mon vieux. Il faut de la basse dans votre morceau ! Le vocal est parfait, la guitare et la batterie sont excellentes, mais sans basse, ça sonne creux. Ça… ça manque de profondeur ! vous savez le métal…

-                      Putain ! Quel âge as-tu ?

-                      J’ai vingt-trois…

-                      Pour parler comme ça de ma musique !

-                      Désolé grand-père, le black métal, le death… Tout cela, ce n’est pas de ta génération. D’ailleurs, je ne sais pas ce que tu écoutes comme musique ? Des vieux comme Woody Guhtrie je présume !

-                      Je vais te la fermer ta grande-gueule petit impertinent!

-                      Attention ! Neipi pourrait se venger de vous…, menaça Karim avec une légère pointe d’ironie.

-                      Neipi ! Elle s’appelle Neipi, Mlle N ?

Vince s’accroupit à côté de Karim, et commença à défaire ces liens. Apparemment, le courant était passé entre les deux musiciens, à sa manière le vieux rockeur, avait adopté un nouveau loup égaré.

-                      Non, enfin oui…

-                      Et toi, comment tu t’appelles ? Monsieur… Na Mg Al, Si P S Cl Ar, tu étais bon en chimie, je présume !

-                      Karim Aboulkassem, grand musicien, et bassiste à votre service.

-                      Alors comme ça tu veux jouer la basse pour Malakalmauth ?

-                      Oh ! Oui, répondit Karim en retrouvant avec bonheur la liberté de ces mouvements.

Il se rassit avec difficulté. Les coups de Vince n’étaient rien en comparaison du mal qui lui retournait encore l’estomac.

-                      OK, mais à deux conditions : Tu oublies Namgal Sipsclar en sortant d’ici, tu n’es plus catcheur et tu ne l’as jamais été ! Il est mort à cet instant précis et plus jamais je ne veux en entendre parler.

-                      Jamais plus, c’est entendu.

-                      Et…bien sûr tu dois me montrer ce que tu sais faire d’abord. J’espère que tu es meilleur pour la musique que pour le catch !

-                      Sans problème !

-                      Maintenant, disparais d’ici et ne te montre plus ! C’est moi qui t’appelle et dis à Neipi, euh…à Mlle N qu’elle se prépare pour une prochaine mission.

-                      Donc, je vais rencontrer Malakalmauth ?

-                      Karim, tiens-toi prêt à n’importe quel moment et accorde bien ton instrument, car je ne te donnerais qu’une seule chance !

-                      Merci grand-père.

Alors que le jeune bassiste s’apprêtait à se diriger vers ce qui lui paraissait être une issue, le vieux l’arrêta.

-                      Dis-moi une dernière chose ?

-                      Oui.

-                      C’était toi, j’en suis sûre, ce con qui courait à toute vitesse dans la fumée autour du ring et qui m’a heurté méchamment.

-                      Ah ! Oui… Dans le combat de Consul G. J’ai failli t’écraser comme un vulgaire cafard…

-                      Écoute ! Je t’accorde seulement une putain de demie chance et je te préviens, déjà que le jury ne t’apprécie pas beaucoup, tu es mal élevé et orgueilleux, tu démarres avec un sérieux handicape ta petite carrière de petit foireux.

-                      Je ne suis pas orgueilleux, je sais ce que je vaux. J’ai un diplôme de basse du conservatoire de Toronto. La musique, c’est toute ma vie. Bientôt, je serais un grand auteur-compositeur et interprète. Tiens, regarde !

Karim se mit à farfouiller dans son pantalon pour en sortir une petite feuille de papier plié, trempé de sueur.

-                      Pour te prouver ma bonne foi, comme quoi je ne suis pas venu que pour combattre. J’ai ramené une chanson que j’ai écrite il n’y a pas longtemps…

-                      Ouais, laisse-moi voir ça !

Vince saisit la feuille avec désintérêt, et alluma. Ils mirent tous deux quelques minutes à s’habituer à la clarté. Ainsi, ils étaient bien dans un studio d’enregistrement, mais quel bazar, tout était sans dessus-dessous, la batterie s’étalait aux quatre coins de la pièce et les microphones étaient emmêlés les uns aux autres, mais au vu du caractère colérique de Vince tout cela n’étonna pas tellement Karim.

-                      « L’orgasme des larmes », déclama le vieux d’une voix théâtrale.

 

Regarde en toi !
Le gris n'est qu'une couleur.
Regarde-moi !
Le noir est une douleur.
Toute l'amertume qui est en moi,
Même en me mordant, je ne trouve plus aucun goût à la vie !
En sirotant le sang froid de l'indifférence,
J'aurai préféré de l'acide zéro.
Pour faire disparaître la gravure de ton prénom.
De mon cœur fondu, défendu.
Mais ils resteront bien le Z, le A et le…
…Et le petit souvenir que tu m'as laissé !
Ton couteau porte-bonheur,
Que j'ai retiré de mon dos.


Je te croyais un soleil levant !
À l'horizon de ce ciel noirâtre.
De leur ciel à eux.
Qu’un beau jour il viendra tirer les rideaux…
Ou creuser une fenêtre qui pourtant était bien là !
Et pour qu’il ne soit plus le seul,
Le grand vide à m'ouvrir ses bras


Tu as préféré être à l'ouest !
En soleil couchant, sans aucun charme.
Et pour que la nuit s'éternise.


Ô ! Légère présence, au passé pesant
Cet oreiller se soule chaque soir
Aux mauvaises larmes impures
Qui coulent d'insomnie
À la recherche d'un simple sourire
Un sourire poste mortem.

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Commentaires : 4
  • #1

    jean-philippe (vendredi, 22 janvier 2010 14:53)

    c'est compliquer, je ne comprend rien, avec karim et vince,?????

  • #2

    Elise (mardi, 26 janvier 2010 00:03)

    Ouf! j'espérais bien une fin heureuse pour karim,et puis c'est drôle, un peu d'humour aprés autant d'angoisse, ça fait du bien ! à bientôt pour la suite...

  • #3

    russimor (dimanche, 28 novembre 2010 02:34)

    bonne fin de chapitre, quelque part à mon goût, merci pour le partage encore une fois.

  • #4

    KAYLACastaneda (vendredi, 06 décembre 2013 09:55)

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