Chapitre 10

Hélas ! Le résultat d’une pénible nuit blanche avait été moins fructueux que ce qu’espéraient nos deux curieux. Après avoir essayé différents procédés aussi variés que complexes, Karim et Mlle N avaient faits appelle à d’autres hackers amis pour s’en sortir. Il n’y avait aucun point commun entre tous les catcheurs de la liste de ceux qui n’avaient pas été retenus pour affronter Malakalmauth. Il est vrai que la recherche eut été plus aisée si le bassiste n’avait pas empêché Mlle N d’étudier en premier la liste cent fois plus petite des catcheurs décédés. Karim voulait sans doute satisfaire une curiosité à propos de cette malchance qui le poursuivait certes depuis les vingtaines d’années de sa vie, mais qui s’était étrangement accentuée le jour où il avait envoyé son curriculum vitae pour affronter Malakalmauth. Il avait pensé que ses exploits chez les gardes forestiers justifieraient son aptitude au combat. Tout compte fait, il s’était vu appartenir à cette liste des malheureux que même la mort rejetait.  Finalement, ils s’étaient attelés à l’autre liste, et le résultat fut cette fois on ne peut plus clair. Il n’y avait qu’un seul dénominateur commun chez les catcheurs ayant eu la chance d’effleurer le Rockatcheur : ils étaient tous sujets à des plaintes, des enquêtes de journalistes ou de détectives privés à un moment ou un autre de leur vie et qui n’avaient eu par la suite aucune conséquence sur leurs carrières. Comme si on leur avait donné un sursis pour mieux les achever plus tard.

-                     Je vais aller me coucher, décida Neipi. Je suis crevé, ajouta-t-elle quand le sommeil fut sur le point de la trainer par terre jusqu’à son lit.

-                     Waouh ! Six heures vingt ! S’étonna Karim. Je crois que je vais te suivre, moi aussi.

-                     Je vais tout éteindre, annonça Neipi en s’apprêtant à fermer une à une les fenêtres de son écran.

-                     Attends… tu viens de recevoir un mail ! L’arrêta Karim. Non, en fait tu l’as reçu à trois heures, mais on ne s’en était pas rendu compte, constata-t-il en lisant en haut de la page web l’heure de la réception du mail.

-                     C’était sans doute à cause de la musique, je n’ai pas dû entendre le petit signal, regretta Mlle N en poussant Karim dans un dernier effort à cliquer sur : lire mon courrier et télécharger la pièce jointe.

-                     C’est un mail de IRIS-LAURENCE@…, lut Karim les yeux à moitié fermés. Lui qui toute la nuit avait su remplacer à merveille le logiciel de vocalisation.

-                     C’est le vieux Vince ! C’est son adresse, coupa Neipi. Lis-moi vite ce qu’il a écrit ? S’impatienta-t-elle.

-                     « Merci Mlle N d’avoir essuyé les larmes mauves. 100 000 dollars sont allés directement sur ton compte. J’aimerai que tu prennes soin de cette liste et que tu sois encore plus méticuleuse. On dispose par contre de plus de temps, jusqu’au 9 mai précisément », lu le canadien. Il y aura donc un combat d’ici deux semaines ? Demanda-t-il à la jolie pirate.

-                     Oui, confirma Neipi.

-                     Et tu as un tableau de trente et une personnes dans la pièce jointe, décrivit Karim au bout de ses forces motrices.

-                     Mon avenir est assuré, car avec Malakalmauth j’aurai toujours du travail, se rassura Neipi en souriant tout en éteignait son ordinateur.

 

Et comme d’habitude, l’impressionnante Neipi Wesper n’avait eu seulement besoin que des cinq jours suivants pour achever tout son travail. Elle avait su monter un dossier complet sur chacun des noms de la liste, ou du moins, avec les éléments qui intéressaient Vince. C'est-à-dire exhumer les crimes impunis, entourer les jugements contestés de preuves flagrantes, et dénicher tout ce qui avait fait tache dans le passé du futur adversaire de Malakalmauth. Une équation qui mènerait à l’évidence le candidat au CV le plus sale, le plus maculé de sang directement vers le prochain combat. En étant sûr de cet automatisme, Karim à l’insu de Mlle N s’était amusé à mettre son nom dans le tableau final en remplaçant un autre déjà présent et en changeant ses coordonnés. Le bassiste avait choisi le pseudonyme de Namgal Sipsclar et dans la case antécédents judiciaires, il s’était contenté de se mettre sur le dos une série de plaintes pour violes de jeunes adolescentes un peu partout dans le pays. En précisant que ce catcheur totalement inventé avait bénéficié de deux acquittements successifs à la suite d’un manque de preuves, cela ne pouvait que le rendre très intéressant pour Vince. Le Canadien pensait enfin toucher son rêve du bout des poings et n’arrivait plus à contenir sa joie, oubliant délibérément qu’il allait se battre avec l’ange de la mort. Il allait risquer dangereusement sa vie, mais il préférait se réjouir et admirer son propre génie. Il avait cependant pris la précaution d’appeler d’abord sa mère sans doute pour lui faire ses derniers adieux. Karim décrocha le téléphone du bureau, après le départ de tous les employés avant la fermeture du Munition Verte, le magasin d’horticulture où il passait ses interminables journées.

 

-                     Allo ! Mamarina, c’est moi Krimo, salua le musicien.

-                     Ça va ? Demanda Marina.

-                     Je suis enfin admis pour le grand combat ! Annonça Karim d’une voix méconnaissable, pleine de joie, de fierté et d’une satisfaction jamais atteinte jusqu’alors.

-                     Quel…quel combat encore ? Se méfia sa mère.

-                     Ce n’est que du catch, c’est entièrement truqué ne t’inquiète pas. Je vais rencontrer le grand Malakalmauth ! Simplifia Karim. Je vais foutre une bonne raclée à ce rockatcheur je vais lui remettre les idées en place et il acceptera enfin un talentueux bassiste comme moi à ses cotés ! Plaisanta-t-il. On fera un duo, ou mieux encore un groupe d’un nouveau genre de métal, il ne faudrait surtout pas piétiner le royaume du black dominé principalement par le groupe phénoménal de Immortal…, s’étalait le bassiste avant d’être interrompu.

-                     Fait très attention mon fils ! Affirma Marina.

-                     Qu'est-ce que j’entends ? Du violon ! C’est qui la chanteuse derrière ? Demanda Karim pour détourner le sujet.

-                     Ah ! C’est Loreena McKennitt « All souls night » Répondit Marina. Cette chanson, je l’écoutais en boucle quand je te portais dans mon ventre. C’était la plus belle époque de ma vie… quand je pouvais encore voir ton père, avoua la grande nostalgique. Grâce aux vols charter, j’allais en cachette au Maroc et ton papa se débrouillait pour se rendre dans tous les aéroports du pays ou mon avion pouvait atterrir. Tu ne peux pas imaginer la tête de ta grand-mère quand elle a vu par hasard mon passeport criblé de tampons ! Riait la femme comme si c’était la première fois qu’elle racontait cette histoire.

-                     Je t’aime Mamarina. Je t’aime, je t’aime, je t’aime…, disait le fils après un rire grave et sincère.

-                     Je t’aime aussi et je ne supporterai pas qu’il t’arrive quelque chose. Comment va Neipi ? Reprit Marina en partant sur un sujet qui plaisait plus à Karim.

-                     Elle va bien même si je la laisse toute seule à la maison un samedi soir, ironisa le bassiste. Elle fait tout pour moi et je me débrouille toujours pour la blesser ou la rendre triste…, ajouta-t-il désolé.

-                     Quoi ! Qu'est-ce que j’entends ? Reprocha Marina.

-                     Je l’aime très fort, mais le problème c’est que je manque de… maturité et d’expérience ! Résuma Karim.

-                     Ne dis pas ça ! S’écria sa mère. Elle a besoin de toi et elle t’aime beaucoup. Tu n’es pas immature au contraire, pour elle tu es drôle et gentil. Essaie seulement d’être un peu patient et surtout soit plus intentionné envers elle. Ne la laisse jamais un samedi, ou à n’importe quel autre moment où vous pourriez être tous les deux. Neipi est une fille merveilleuse, prend bien soin d’elle, sinon jamais je ne te le pardonnerai…

 

Au Munition Verte, Karim Aboulkassem était très sollicité par la clientèle fidèle, grâce aux bouquets de fleurs séchées qu’il savait si bien composer. Son sens de l’humour et ses bêtises à répétition avaient créé une réelle dépendance chez les autres employés et sa présence était devenue indispensable. Tout était parfait, mis à part sa musique bien sûre que personne ne pouvait supporter. Quelques jours passèrent avant qu’une lettre recommandée ne lui parvienne enfin à sa grande surprise. Karim était descendu au sous-sol du magasin pour la lire en toute discrétion quand il avait repéré à gauche de l’enveloppe le logo noir et rouge de la fédération des sports extrêmes… « Monsieur Namgal Sipsclar vous êtes appelé à combattre pour l’honneur du catch Monsieur Malakalmauth le champion de la conférence du Nord. Nous vous convions à vous rendre au siège de la fédération pour achever les formalités du contrat dans le respect de nos protocoles. Vous pourrez porter votre masque si vous le souhaitez. Bonne préparation. » Lut le Canadien avant de s’évanouir.

 

-                     Allo ! C’est qui ? Demandait Neipi en décrochant nerveusement son téléphone, car elle redoutait un appel de Vince, une fois de plus inapproprié.

-                     C’est Marina la mère de Krimo, répondit la femme à la voix triste et cassée.

-                     Ah oui, se réjouissait l’Eurasienne. Comment allez-vous, madame ?

-                     Je vais bien merci. Dis-moi mon ange ? Interpela poliment Marina.

-                     Oui ?

-                     Euh… Karim et toi, ça va ? Est-ce qu’il se comporte mal avec toi ? s’inquiéta la dame.

-                     Non, pas du tout Mamarina. Il est très gentil et dernièrement, il fait plus attention à moi, la rassura Neipi. Pourquoi donc ?

-                     Ça ne se fait pas de me mêler de votre vie intime, s’excusa Marina. Je n’ai jamais été vraiment une bonne mère pour Krimo ! J’aimerais faire quelque chose pour lui. J’essaye seulement de l’aider un peu, je n’ai jamais été là quand il le fallait. Je suis toujours intervenue trop tard. Tu es une princesse aux yeux de mon fils et il t’aime très fort, mais il doit fournir plus d’effort, je le sais…

-                     Plus d’effort ! Non il est très bien je te rassure, confirma la jeune fille. Et c’est très gentil ce que vous faites pour nous, ajouta-t-elle, car elle avait senti de la peine dans le cœur de la femme.

-                     Je me fais du souci pour rien alors, reprit Marina presque effondrée.

-                     Ce qui nous ferait plaisir c’est que tu puisses bientôt nous rendre visite, invita Neipi le sourire aux lèvres pour la réconforter et lui remonter le moral.

-                     Je ne vais pas bien ma fille, avoua Marina. Je n’arrive plus à dormir la nuit, et le jour, je ne tiens pas debout très longtemps. Je dois aller une fois encore en cure de désintoxication, mais d’abord chez mon psychiatre…, balbutiait la mère de Karim. Oh ! Je ne sais pas pourquoi je t’ennuie avec tout ça. S’interrompit-elle d’elle-même avant d’achever. Un étrange pressentiment m’a poussé à te téléphoner ce soir…

-                     Mamarina ! Murmura la jeune fille ne trouvant plus quoi dire.

-                     C’est quoi cette histoire de combat, s’empressa de dire Marina. Qu'est-ce qu’il voulait dire ? Je… ne comprends… plus rien…, s’éteignit-elle.

-                     Il a parlé d’un combat ? Qu'est-ce qu’il a dit exactement ? Demanda Mlle N.

-                     Oh ! Je ne me souviens plus exactement, s’excusa Marina. Du catch ou du métal quelque chose comme ça. On ne saisit plus ce qu’il dit quand il se lance sur le sujet : Black métal ; Malakalmauth ; Immortal…, confondait-elle en citant les mille hobbies de son fils Karim.

-                     Je vais voir ce qu’il mijote. Tu sais Mamarina, Krimo est très fort et son cœur est plein de bonté et d’amour pour vous et pour moi. Ton fils est quelqu’un de bien, je t’assure. Je l’aimerai autant que je vivrais, jura Neipi.

 

« Un masque ! Il me faut absolument un masque ! » S’alarmait Namgal Sipsclar. Le Canadien était pris de panique devant la grandeur de l’échéance avenir. Il courait dans tous les sens cherchant un accoutrement pour un combat de catch. Dans les magasins de sport ou de jouets, dans les grandes surfaces ou sur internet, il passait tous les rayons au peigne fin. Après trois jours de recherches intenses, il opta finalement pour l’achat d’un masque de protection de soudeur, cent pour cent silicone. En le trafiquant un peu, pour qu’il devienne un peu plus souple et en lui ajoutant une légère touche de peinture, il était arrivé à le personnaliser complètement. Karim avait aussi acheté un gilet pare-balle et différentes protections pour les articulations. Coût total de l’opération : Mille quatre cent trente dollars. Le futur catcheur n’avait prévu aucun programme spécifique de préparation pour sa rencontre avec le rockatcheur, il se forçait néanmoins à changer certaines de ses habitudes. Depuis quelques jours, il montait et descendait à pied les escaliers des trente-neuf étages de son immeuble et ne jouait que sur une basse distordue. Quant à son régime alimentaire, Karim mangeait beaucoup de viandes rouges et de produits laitiers, en évitant les aliments chimiques tels que les chips et autres petits biscuits salés dont il était friand. Rien ne pouvait le rendre plus heureux que de penser à son rancard avec l’ange en personne.

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Commentaires : 3
  • #1

    jean-philippe (vendredi, 22 janvier 2010 14:37)

    le longas vient, au niveau de karim, je commence à avoir peur!!! vivement le chapitre suivant

  • #2

    Anwafane (mercredi, 09 mars 2011)

    J'aime bien l'histoire et j'ai hate de lire la suite...
    Les chansons de rock sitées sont bonnes

  • #3

    Fuentes25Cindy (jeudi, 05 décembre 2013 07:45)

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